Lundi 12 février 2007

Proverbe africain : « Aussi longtemps que les lions n’auront pas leur historien, les récits de chasses tourneront toujours à la gloire du chasseur. »

Vendredi dernier Cristina a quitté Bonaventura, petite ville de Colombie près de Cali au sud de Bogota. Elle a 25 ans, deux enfants. Pour la première fois elle quitte sa terre natale, destination, l’île de Saint Martin. Des amies y travaillent. Chaque semaine leur famille reçoit l’équivalant de 700 € au guichet de la Western Union.

Bonaventura, Cali, Bogota. Pas de travail, pas d’argent. Un emploi mensuel ça rapporte maximum 270 € (1,5 € de l’heure). A St Martin, en 20 minutes, c’est 40 € par client. Au téléphone ses amies lui ont tout expliqué. Alors, pourquoi pas elle ?

Migration. Comme les oiseaux elle s’envole vers des contrées où il fait bon vivre, puisqu’on y trouve de quoi alimenter la famille restée au nid. L’instinct maternel.

Le billet d’avion ? Elle a emprunter avant de partir et promis de rembourser vite. Dans la fille d’attente au contrôle d’arrivée, à l’aéroport international de l’île de St Martin, elle refait ses comptes. Depuis que son mari est parti, elle doit tout assurer. Les deux enfants, ses deux sœurs, son père sa mère. Les factures d’eau, d’électricité, téléphone, le loyer, l’école des enfants, les soins médicaux et l’alimentation quotidienne. Avec 500 000 pesos par mois elle n’y arrive plus. Elle a décidé de partir pour construire sa maison. (1 € = 1 785 pesos)

Au guichet, la réglementation internationale est la même pour tous. Présentation de la fiche d’immigration, du passeport et du billet de retour. Elle a écrit qu’elle descend à l’hôtel du Petit Château pendant 3 mois. Tout est en règle, elle peut passer. La Police conserve le passeport. Une nouvelle page se tourne.

PAS DE PLACE POUR LE RÊVE A l’hôtel du Petit Château, le prix de séjour c’est 1 200 dollars le mois. La chambre est réglée chaque jour : 40 dollars.12 m² sans air conditionné, à partager avec une autre fille. Elle doit verser 1 500 dollars pour un CDD de trois mois. Le permis de travail nominatif officiel de la police de l’immigration coûte seulement 500 dollars. La qualification, c’est Animeermeijse, animatrice en français. Animation de sa matrice. « Mi Banca » dit Cristina portant sa main sur l’entre cuisse. Tous les Bordels sont du côté d’Amsterdam, ou du côté hollandais, si vous préférez. Mais ils n’appliquent pas la législation protectrice des Pays bas, sur la prostitution.

La patrie hollandaise de l’île de St Martin, ne paie pas ses fonctionnaires en Euros. La police, les professeurs, les hospitaliers, les employés du gouvernement…) sont payés en Guilders antillais. Une monnaie antillaise, raccordée à la zone dollars AVEC une parité fixe.

- Ici l’argent circule vite dit Cristina alors on peu s’offrir la photo studio. Avec le photographe, quand il tire un coup, ça nous coûte 5 Dollars pour la photo. A la plage on a dix photos, plus une grande gratuite pour 50 euros. On l’aime bien, et c’est un bon masseur. Muy Rico.

- Les euros c’est mieux que les dollars pour le change poursuit Cristina. Les blancs, sont moins bestiaux que les noirs…. Les gendarmes français aussi, bien musclés, c’est en euro. Les marineros asiatiques, c’est dans la journée. Il arrive 3 à 4 bateaux de croisières, précise Xiomara, la voisine de lit de Cristina à Petit Château. Sur l’île franco hollandaise de St Martin dans la Caraïbe, ce que certains Blancs France apprécient aux Antilles, n’existe plus en métropole. Ils redécouvrent sous les Tropiques, le charme des Maisons closes. On va à la Montagne, à CasaBlanca, on se donne rendez-vous à l’Arche, au Petit Château, Chez Féfé, ou à Sucker Garden. En tout sept maisons closes et environ 200 filles. L’île est petite, ça fait quand même 1 tonne de sperme par an. 230 000 clients, 92 Millions d’euros. Le plus vieux métier du monde. Les filles de Sodome, les lupanars de Pompeï… De Shangaï à Bangkok, d’Amsterdam, à Pigalle. Le plus vieux métier du monde. St Martin, c’est une île confetti. 85 Km². Bi nationale c’est Franco-hollandais. On dit que c’est un Paradis, parce qu’on va directement de la France à la Hollande sans passer par la Belgique !

Découverte un 11 Novembre dans le calendrier catholique de Christophe Colomb . De la Porte St Martin par la rue St Denis, jusqu’aux Halles, je me souviens... Y’avait Marielle, Belmondo, Je me souviens de Michel Simon aussi. Les Parisiens savent de quoi je parle . Georges Brassens, chante la ballade des filles de joie. Jamais de la vie on ne l’oubliera, la première fille qu’on a pris dans ses bras, Qu’elle soit pucelle, qu’elle soit putain etc.. etc.. Quand j’étais lycéen et que je passais par là, chaque Jeudi pour voir mes grands parents près de la station Arts & Métiers , une main dans la poche du pantalon, je me disais , si je me fait piquer par la famille, je dirais que je fais une enquête sociologique.. Un Micro trottoir ...

Savez-vous comment on reconnaît un psycho-sociologue au Crazy Horse ? C’est le seul qui regarde du côté de la salle. Vous l’avez compris, à St Martin, mon reportage satisfait un rêve d’adolescent. Le plus vieux métier du monde, vu de l’intérieur de l’âme. L’âme humaine se trouve au fond des bordels. Il faut savoir observer, écouter, comprendre, respecter. Sans a priori ni préjugés.

Devant, chaque maison close y’a un parking. Le soir, dans le bar, les filles dansent, c’est de la Bachata. Ça vient de Santo Domingo. C’est pas connu en France,. On peut même les sortir pour la nuit ou le Week End. Sur Internet, c’est : bachata106.com.

André est parti en Colombie pour épouser Paola, Ils vivent ensemble dans sa villa aux Terres Basses. Jean Pierre est dans l’immobilier, un beau et jeune célibataire. Il a sorti Xiomara du Bordel. Ils se sont mariés eux aussi, Ils vivent en appartement à Marigot.

Y’a des américains parmi ceux qui commercent avec l’île (Miami n’est pas loin), qui s’offrent la jeune maîtresse sur place. Un appartement, 700 dollars pour les enfants de Cristina, elle doit apprendre à parler anglais.

Yvon, 59 ans, aime bien les petites jeunes de Santo Domingo. C’est un carreleur. Ses mains ont serré, celles de Faycal d’Arabie. On venait le chercher en Rolls, pour faire le carrelage de la salle de bain du souverain. Faut du grand marbre. A St Martin qu’il a rejoint depuis 15 ans, l’architecte argentin des milliardaires, c’est Yvon, qu’il lui faut. Le spécialiste c’est Le Français. Cocorico.

Sur le chantier de Babel St Martin, y’a plus de cent nationalités. Y’a beaucoup d’emplois dans la construction. Les français sont bien qualifiés, la main d’œuvre est haïtienne, c’est à dire francophone. Oxygène, c’est le nom de mon jardinier, est Haïtien. Lui, le jour de la St Valentin, il présente sa courtoisie à Cristina. Il lui amène un bouquet de fleurs. Yvon, a déjà une femme à Santo Domingo, mais avec la petite Mira Bella, c’est le grand amour. Elle a 24 ans. Trois fois par nuit. Il en marierait bien une deuxième.

Ceux qui sont plus riches, la bigamie, c’est avec les cubaines. Notaire, géomètre, docteur, peintre, vont à Cuba chez Fidel trouver leurs modèles.

CHERCHEZ LA VICTIME

Jabiru

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par zephyrin publié dans : negmawon
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Vendredi 2 février 2007

Située au centre ouest de l’île de la Martinique, sur le littoral caraïbe, dénommé « la côte sous le vent », la ville de Fort-de- France se localise dans une zone contact entre deux milieux naturels différents (le nord montagneux et la plaine agricole du Lamentin).

Dès 1681, la ville avait pour nom Fort Royal et avait été désignée comme le chef lieu de l’île. Sa vocation se cantonnait à un rôle administratif et militaire, tandis que sa rivale, la ville de Saint-Pierre, jouissait d’un rayonnement culturel et commercial indiscutable. Mais l’éruption de la montagne Pelée en 1902 changea la donne, Saint-Pierre étant réduite en cendres et Fort-de-France devint la seule grande ville de la Martinique.

Fort-de-France est aujourd’hui une commune relativement étendue, dont la topographie en forme de cuvette ouverte sur le front de mer (la plus grande baie de l’île) est entourée de quartiers situés sur les parties hautes comme ceux de Balata, Didier ou Cluny, et ceux situés dans la partie basse tels que Texaco, Volga plage.

Actuellement, les projets urbains font que la ville modifie progressivement son apparence. Les changements en cours sont indiqués par une série de travaux publics, des chantiers ambitieux d’aménagement urbain ont été lancés par la nouvelle municipalité.

D’un point de vue pratique, cela a pour conséquence, de créer une circulation automobile en centre-ville, qui ressemble plus à un gymkhana, en raison de certaines rues totalement ou partiellement fermées, au trafic des voitures. L’autre élément révélateur de la mutation de la ville est la construction effrénée d’immeubles d’habitat de 4 étages, et de tours comme ceux déjà construits à la Pointe Simon, qui s’intègreront par la suite au projet de création d’un centre d’affaires d’ici 2012.

Dans la ville, comme dans le reste de la Martinique paradoxalement les immeubles poussent comme des champignons. En effet, à l’heure où dans le monde occidental dans de nombreuses agglomérations, bon nombre de ces ensembles immobiliers sont pointés du doigt, comme étant des échecs de cohabitation sociale et où la majorité des politiques urbaines actuelles tendent à limiter, voire à supprimer ces constructions, la ville de Fort-de-France semble prendre une orientation diamétralement opposée.

En y regardant de plus près, on peut affirmer que le reste de l’île, est à l’image de sa capitale. De surcroît, les espaces de verdure se rétrécissent, à cause d’un bétonnage systématique.

La conséquence de ce parti pris urbanistique, a tendance à tirer les prix locatifs vers le haut. En effet, le prix au m2 est quasiment identique à celui pratiqué en région parisienne, d’où une inflation des prix immobiliers. Par ailleurs, on voit progressivement une exclusion de la population martiniquaise de la location ou à l’accès à la propriété, car leurs moyens financiers, ne leur permettent pas de se loger à de tels coûts. Ce qui influe pour l’heure, qu’une bonne partie de ces logements sont vides, alors que la pression démographique sur l’île, reste forte et ou ces logements sont occupés par des populations d’origine européenne.

Toutefois, il y a dans la métamorphose de la ville des aspects positifs :
-Tout d’abord, le réaménagement de la gare routière de la Pointe Simon qui offre aux voyageurs une meilleure visibilité dans la disposition de leurs transports collectifs.
- Puis, nous avons ce projet ambitieux qui est l’aménagement de la promenade du front de mer : «le malecon »
Ce terme hispanique désigne les boulevards de front de mer, on en trouve un peu partout dans la Caraïbe hispanique et en Amérique Latine.

La partie réalisée de ce projet propose un cadre agréable à ce malecon, offrant de nombreuses possibilités d’activités de loisirs, tels que des concerts, des spectacles en plein air ou encore, un lieu approprié aux rassemblements des carnavaliers, lors des jours gras.

Ces aménagements ont un impact direct sur les activités nautiques, à savoir, l’amélioration des capacités de mouillage pour les plaisanciers, ainsi que de meilleures possibilités d’accostage, pour les plus gros navires. La plage de la Française a été assainie et rendue conforme à la baignade.

A terme en 2012, le malecon fera partie intégrante du vaste ensemble maritime foyalais : le Grand Caraïbe et qui s’étendra de la rive droite jusqu'à la Pointe des Nègres. On verra coté terre, la ligne du futur tramways allant vers Schoelcher, et une voie de circulation automobile à double sens. Coté mer il y aura une piste cyclable, une promenade, des espaces sportifs et un grand centre nautique.

Ce projet d’urbanisme met en perspective, les ambitions de la politique économique de la municipalité actuelle, qui manifeste le souhait d’ouvrir ou d’insérer la ville de Fort de France dans son espace géographique naturel, à savoir la Caraïbe, et par conséquent faire en sorte que la Martinique soit moins dépendante de l’Europe et à fortiori de la France.

Emmanuelle Deschè

par Emmanuelle Deschè publié dans : negmawon
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Vendredi 2 février 2007

L'île de la Martinique ne fut pas toujours ainsi, peuplée d'égarés et de gens empêchés qui cherchaient dans l'opalescence de la lune, une lactescence à l'obscurité de leur blessure. Des gens dont la destinée - capricieuse - les fit piteusement échouer, dans les rets d'un intempérant biblique, dont l'exécration piégea la descendance dans la servilité.

Ils ne se complaisaient nullement des retenues obérant leur mue, ils aspiraient grandiose à la métamorphose. Il y eut maldonne - le jeu de carte biseauté - les lots qu'ils échurent les exhérédaient de la glose, les confinant à adorner le réel d'une sous condition. Tous ces gens contrariés ne demandaient qu'à se fâcher, des gens à la pensée déterministe, fatalistes dans l'âme, laissant au sort la conduite de leur mort et aux impérities des galapiats la conduite de leur vie.

En attendant, qu'il ne pleuve des nuages intumescents, une avalasse d'apothéose, dans le brouillard pellucide de leur confusion, prière et magie semblaient être la solution. Mais jadis, avant, très longtemps avant, au temps de Louquo, celui qui fit la terre molle et sans morne, puis qui fit jaillir de son nombril le premier Kalinagos (Racumon), il y eut les Arawaks.

Et il y a très longtemps de cela, sans doute, là même où se situe la capitale : Fort-de France, il y avait une mangrove fourmillant de maringouins et une rivière où paissaient des lamantins. C'était au temps de Louquo, au temps où les tortues pondaient en toute quiétude sur les plages, et en ce temps-là, il y eut des piays qui vénérèrent les zemeens, et s'écartèrent de Mapoia. Des gens superstitieux qui rêvaient d'une terre sans morne, d'où couleraient des rivières de ouicou et où tout pousserait sans y avoir été planté. Un endroit où on n'y ferait que boire, danser et forniquer...

C'était au temps où les zémeens s'étaient faits étoiles et où Nonun honteuse s'en alla cacher sa pâleur luminescente, de la face rayonnante de Huoiiu. C'était au temps où le grand zémeen se nommait Coüalina, et l'arc-en-ciel, Joulouca, ça sonnait beau comme un cri de guerre, comme un cri de nègre : Joulouca !

Mais tout ceci, c'était avant eux et avant nous.

Et avant eux, avant nous, il y eut ces hommes-roucous-emplumés qui chassaient le soleil et dénombrèrent les lunes, l'une après l'une. Avant eux, avant nous, il y eut ces hommes-roucous-feuilles qui chassaient l'agouti et plantèrent leurs carbets. Avant eux, avant nous, il y eut ces hommes-roucous-trois-âmes qui chassaient l'Allouègue et fabriquèrent l'adornos. Avant eux, avant nous, il eut de farouches irréductibles qui habitèrent sous le ciel et se promenèrent sur la mer. Après eux, mais avant nous (homme à l'âme concédée), il y eut des hommes civilisés qui massacrèrent (sans coup férir) tous ces sauvages-roucous-emplumés qui chassaient le manicou, et lui volèrent sa terre et ses femmes.

Aujourd'hui, la ville des trois couleurs et aux multiples nuances s'enracinait dans ce qu'elle était, des gens sur lequel le temps s'effaçait l'habitaient. La ville aux trois marchés, au sept quartiers, aux trois cimetières, - encadrée par ses avenues empanachées de flamboyants ou de palmiers royaux, traversait les siècles à son rythme, hors de compréhension. Aucune fierté ne la parait du baume des ans. Aucune construction millénaire ne l'habillait du vernis des siècles, et la vétusté de ses murailles ne se vêtait du lustre de la patine, que pour la parade des galonnés et les processions religieuses sous les ors de sa cathédrale.

La ville avait des airs de chattemite avec ses chemins qui détournent la tête, baissent les yeux et montent au ciel ; et ses traces qui rougissent dès que le soleil l'approchait de trop près. La ville se voulait pudibonde, car ses petites rues déroutantes, disaient le plus souvent : - on ne passe pas !

Ses ruelles étaient serrées comme les cuisses d'une pucelle et ses lacis étroits comme le cul d'une bigote. Ses places étaient enchâssées, serties de maisons à balcon, de maisons à colonnade, de maisons aveugles, et leur intérieur caché par des persiennes ou des rideaux qui protégeaient leur intimité, pareillement au poils pubiens d'une motte mafflue, chevelue en diable, cachant le galbe d'une belle vulve du regard. Pour la voir sous son vrai jour, il fallait la déflorer, et là, elle vous livrait ses cases chimériques, ses cases faméliques, ses cités à la grecque, ses tracés en damier, ses hôtels de luxe, ses parcs, ses bancs, ses jardins avec sa statue décapitée, et sur ses rebords, ses belvédères aux terrasses baignées de soleil, ses maisons qui embrassent la mer, ses villas qui contemplent sa baie des Flamands, magnifique, accueillant des voiliers en dérades. Elle offrait comme cela, toutes ses maisons qui ostensiblement, regardent vers l'ailleurs.

Mais la ville était avant tout son port et le port est dans la rade et la rade est dans la baie.

La darse, la jetée, les quais, le débarcadère, les docks, les entrepôts, les grues, les palans... ses conteneurs s'entassaient et phagocytaient l'espace. Les camions se remplissaient et se désemplissaient à vue d’œil. L'activité incessante... les minéraliers, les tankers, les porte-conteneurs, les bananiers, les grumiers, les cargos, les butaniers, les propaniers, les pétroliers, les etc... Cales et soutes remplis à ras bord, se vidaient, se dévidaient, se répandaient, inondant l'île de leur cargaison.

Le port est dans sa rade. Et tel un ventre glouton, un ventre boulimique qui s'empiffrait jusqu'à dégueuler, il engloutissait les départs et déglutissait les arrivées en moins de temps pour l'écrire. Il était comme un gros, un long intestin diarrhéique qui après avoir avalé des tonnes de fret, déféquait dix fois plus de marchandises qu'il n'avait ingérées.

La ville était son port et le port est dans la rade et la rade est dans la baie et la ville se noie dans la baie.

Le port est dans la rade et le port s'étend... Et l'histoire se substitue : la cargaison de bois d'ébène est remplacée. Les foudres de cassonade sont remplacés... Le port est dans sa rade avec ses bateaux en attente et ses bateaux qui lèvent l'ancre.

Des couleurs et des images.

Les bruits de Fort de France accompagnaient les scènes de la vie. Des images, des couleurs, des bruits, des images, des couleurs, des sons, des crissements, des klaxons, des voitures toujours plus nombreuses, les taxis collectifs à la promiscuité douteuse ou heureuse, les embouteillages et leurs innombrables crises de nerf, d'impatience, de prise de bec d'une population criarde, d'une population marchant devant-derrière et dormant la tête en bas. Encore des images et des couleurs. La ville foisonnante et touffue où les gens passaient et repassaient leur vie sans faire corps, avec ses commerces, ses pâtisseries, ses bars, ses vendeuses anglaises. La ville commerçante et industrieuse n'avait le regard que pour l'autre côté. Comme une catin, elle n'avait de yeux que pour son amant. La ville coloniale se rêvait capitale, mais la ville restait elle-même, fidèle à son image : rêveuse, insouciante et quelconque. De cette ville, je ne retenais que les mots du poète, qui d'un jet de verbe figeaient Fort de France dans son immoralité : "A l'apogé du morne Venté, des guetteurs épiant tel l'oeil de Dieu ; Deux, trois ou quatre palmiers royaux, sourcilleux, s'élançaient majestueux à l'assaut des cieux, et sous leurs immenses ailes, c'est Babel qui renaissait..."

Tony Mardaye

par Tony Mardaye publié dans : negmawon
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Vendredi 2 février 2007

Il est quatre heures du matin et telle une femme endormie Fort de France somnole encore dans les bras de la nuit, puis l’heure passe et la brume s’efface, une douce brise se lève et le soleil se pointe à la fenêtre de l’aube, jaunissant le ciel de sa couleur d’or. Le jour s’annonce vivant et triomphant, et Fort de France s'extirpe doucement de son sommeil, sous les aiguillons de lumière, qui la transpercent et la secouent.

Une douceur matutinale s'étend sur les eaux huileuses de la Baie des Flamands, enveloppant les embarcations ancrées aux abords du quai, et déjà aux pieds du Fort Saint Louis, fier fleuron de la Marine française ayant résisté aux habits rouges d’alors ; la Française accueille son premier baigneur matinal, venu raffermir et assainir son corps dans la fraîcheur glaciale de l’onde. A peine vêtu, l’homme courageusement entre dans la froidure, effleurant l’eau du bout des doigts, des mains, des poignets, s’asperge le torse dans une douce caresse, prenant contact avec l’eau, il s’accommode du froid qu’elle dégage, puis hésite un instant, avant de plonger tête la première, puis s’éloigne de la plage en quelques brasses vigoureuses, et ainsi débute sa journée.

Sur un autre bout de sable, un initié médite en position du lotus, sans doute se questionne t’il sur le sens de la vie, de l’univers, ou encore cherche t’il des réponses aux questions insolubles, et pour les trouver il sonde son âme - le « sage » ne forme plus qu’un avec les éléments, il fait partie du tout, tandis que d'autres flânent le long de la jetée, laissant leur esprit vagabonder sur les rives des Trois Îlets.

Cheminant çà et là on arrive à la Savane qui s’impose comme séduisante et verdoyante, l’air du petit matin semble ragaillardir son corps et ses humeurs. Elle s’étire, laissant échapper comme un soupir, sa journée commence et ses rues s’animent en vie, en voix, en couleurs, en odeurs.

Chacun s’affaire dans les rues, certains pressent le pas, ils se rendent au bureau ou à un rendez-vous, d’aucuns viennent dépenser, flâner, vendre ou tout simplement faire du « lèche vitrines ».

Aux abords du marché, des marchandes haïtiennes, bien en chair pour la plupart, debout sur les trottoirs ou assises sur des petits bancs crasseux, usés et bancales, hèlent les passant(e)s, cherchant une bonne âme désireuse de leur faire vendre, elles proposent des dessous féminins à bas prix, de toutes les couleurs, de toutes les formes et même des plus affriolants.

Plus loin, un vendeur de jus de canne actionne sa presse, il aromatise les lieux d’une délicieuse odeur de canne pressée et de citron ajouté, qui sera servi bien frappé. Un pur délice pour les connaisseurs !

Au détour d’un pâté de maison, s’échappe de la cuisine d’un restaurant, une succulente odeur de court-bouillon de poisson rouge en cours de cuisson, il exhale les épices, le citron, la tomate. A la carte de ce restaurant, on servira également de la dorade, « frit » ou grillée à midi parsemée de fines lamelles d’oignons, accompagnée d’une « sauce au chien pimenté », et croyance oblige, ce vendredi il n’y aura que du poisson au menu.

Marchant dans les ruelles de la ville, dans ces petites rues datant du temps longtemps, on imagine sans peine ces femmes matadors, « fanm doubout » « têt marré » d’un carré de madras à quatre pointes pour désigner la femme à prendre, la femme au cœur tendre et libre, maquillées sans d’excès avec ses bijoux assortis, « tété négress », « collier chou », et une kyrielle de bracelets, signe de richesse ou les femmes entretenues par un passionné plus qu’entreprenant, et le traditionnel madras à la hanche leur ceignant les reins mettant en valeur leur fine taille et de leur démarche fière elles assuraient leur position, femmes aimantes, femmes exubérantes, femmes agaçantes, femmes embarrassantes, femmes amantes, qui promenèrent jadis dans ces ruelles, suscitant l’envie et les regards des hommes, aujourd’hui elles ne sont plus, elles résident désormais dans notre imaginaire et dans les romans antillais.

Nous poursuivons notre parcours dans cette ville aux odeurs de marée et arriverons au marché aux légumes. Les marchandes se sont levées de bonne heure, elles occupent l’espace, elles arrangent leurs affaires comme on dirait chez nous ! Posé sur un tréteau ou dans un panier en osier la vendeuse de légume offre à la vente ses « dachines », ignames, « giwomon », « fri a pain », « christophine » pour un bon gratin, « l’oyion péïs », « boutjés garnis », tout une palette de couleurs s’étale sur les « étales », tandis qu’une autre propose des petites bouteilles d’essence d’amande amère, du girofle, des bâtons de « kako dou », de miel local « bô kaye », du « toloman » pour la cuisine, tout près en fusion d’odeur la marchande de fruits présente en pyramide ses ananas bleu vert et jaune orangé.

Ti tac pli loin, à portée de main « mangots », mangues, « zowanges péïs », « chadek », « maracudja », letchi, « caïmite », « zabrico » « cowossol », « pôm kannel » toutes les douceurs sucrées de la Caraïbe pour donner envie de partager et de goûter au pays. Et que dire de celle qui vend des fleurs du pays « arôm », « balisier », plants « d’hibiscus » jaune, jaune orangé, rouge, rose, «l’ixora », « l’oiseau du paradis », « rose de porcelaine », elle n’est pas en reste non plus ! Elle s’est installée à l’entrée du marché pour être bien vue, on ne peut pas la manquer, et tôt ou tard ses bouquets de fleurs partiront pour embellir les tables familiales ou seront achetés par les touristes en partance.

Dans ce lieu, que de bruits, leur babillage rythme le cœur du grand marché ouvert, aux senteurs de vanille, cannelle, bois d’inde, herbes et racines fraîches. Les touristes affluents avec les caméras et appareils photos, immortalisant ces femmes qui ont traversé les siècles, ces femmes qui ont fait la Martinique et qui résistent...

Nous quittons le marché aux légumes, et nos pas nous conduisent au centre de la vieille ville. Nous nous recueillons afin de rendre hommage à la femme fervente, à la femme croyante qui laisse battre sa foi dans son cœur, et en elle, se dressa sa première église élevée en 1671, la grande Cathédrale Saint Louis, majestueuse, imposante où les vitraux illustrent l’histoire de l’île au cours de ces siècles. Et son clocher qui flèche vers l’azur, comme une démesure et si haut soit-il, il semble crevé le ciel tout comme la Babel rebelle des temps bibliques.

A l’intérieur semble régner une paix divine, une douce quiétude et un silence presque palpable qui dénonce les chuchotements des fidèles venus prier ou demander une grâce.

Bien que vieillot la cathédrale est propre et accueillants, les lumières renforcent une certaine mysticité de l’endroit, et l’autel se révèle tout au bout de l’allée tel un lieu sacré où l’on pourrait presque entr’apercevoir le Créateur.

Mais Fort de France n’est pas que cela, et comme celui avec lequel elle a concubiné durant cinquante ans elle garde les traces de l’homme de lettres, et elle est devenue une Femme de culture, femme du savoir, qui aime entraîner dans ses histoires, les plus passionnés de livres et mémoires, dans les couloirs et allées de sa grande bibliothèque, patrimoine incontournable de ce siècle. J’ose le dire !

Le Lycée quant à lui porte aussi le nom de cet illustre abolitionniste (qui a fait oublier tant d’autres et créé l’image du bon papa…) a engendré tant d’écrivains, de poètes et professeurs… qui peuvent être fiers de ce qu’ils sont, fiers de ce qu’ils sont devenus…

Nous parlons mais le temps avance et le soleil continue sa course. La chaleur écrasante de l’après midi a vidé les rues de son flot humain. Les heures filent, filent, et défilent, la ville n’est plus attrayante, elle est sale, souillée, elle rassemble les pans de sa robe maculée par ces hommes, qui ont laissé leurs traces. Ils l’ont sali, ses rues, ses allées, ses avenues sont crasseuses, mais déjà les balayeurs s’activent à lui rendre sa beauté et sa propreté, car ce soir elle se fera belle, elle sera en fête avec des yeux de lumière, les cabarets, les boites de nuit reflèteront ses humeurs câlines et coquines, sa nuit sera chaude.

Et demain la brume du soir s’apaisera, une douce brise se lèvera, le soleil pointera à la fenêtre de l’aube, jaunissant le ciel. Un jour nouveau s’annoncera et viendra caresser son corps, et la réveillera sous la légèreté de la douceur matinale.

Gaëlle Linfide

par Gaelle Linfide publié dans : negmawon
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Vendredi 2 février 2007

Le jour se leva sur les débris de la veille, offrant le triste spectacle de maisons dévastées, de voitures éparpillés, de poteaux électriques et d’arbres déracinés, de feuilles de tôle parsemant à tout-va les rues défoncées et désertées. Et de la boue, de la boue en masse, de la boue en crasse, visqueuse, pâteuse, envahissante, s'infiltrait, obstruant ainsi les allées et les artères et freinait tous les déplacements en les réduisant à un parcours du combattant.

Seule et impuissante, je regardais ce paysage ravagé, qui fut malmené par des rafales de vent acharnées et des eaux déchaînées. Mes yeux s'ouvraient à grand-peine sur la réalité, ils achevaient mes pensées heureuses, je me remémorais les journées ensoleillées de ma petite rue tranquille, excédée par les chamailleries des gamins, égayée par les rires des enfant et exaspérée par les cris des tout-petits.

Et en ce jour, des larmes, des pleurs, des sanglots, des visages contrits de femmes effondrées, d’hommes assommés, des regards affligés qui promènent leurs yeux atones sur leurs objets chéris submergés par les flots ou noyés par la boue. Partout des débris, des valises, des habits, flottent dans des eaux terreuses et nauséabondes. Toute une vie d’accumulations et d’efforts anéantis en une nuit, les reliquats de vie gisent çà et là, disloqués, démantibulés, brisés, tel un jeu de construction qu'un vilain garnement aurait renversé par pure méchanceté.

Nul regard ne s’ébaudissait dans les parages et brusquement une douleur sourde me saisit la poitrine, des larmes vinrent brouiller ma vue. Je réalisais, comme beaucoup, que j’avais tout perdu, tout est à refaire, tout est à recommencer.

Le soleil brillait, ses rayons éclairaient le jour, l’alizé soufflait un vent frais sur nos lieux sinistrés et sur nos corps abattus, mais la vie redémarrait doucement et nous repartirons de plus belle, avec plus d’allant et nous irons de l’avant….

Gaëlle Linfide

par Gaëlle Linfide publié dans : negmawon
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