Samedi 18 août 2007

 

mairie.jpgDe l’annexe du traité portant rétrocession de l’île de Saint-Barthélemy par la Suède à la France, signé à Paris le 31 octobre 1877, le C.L.E (Comité de Liaison Economique de Saint-Barthélemy) n’aura jusqu’ici retenu que la première partie de son Article 3 : « La France succède aux droits et obligations résultant de tous actes régulièrement faits par la couronne de Suède ou en son nom pour des objets d'intérêt public ou domanial concernant spécialement la colonie de Saint-Barthélemy et ses dépendances. »; et pour cause : c’est bien là que se trouve la justification du statut d’exonération fiscale dont doit jouir l’île par excellence.

C’est pourtant sur la deuxième partie de ce célébrissime Article 3 que se penche aujourd’hui le C.L.A.S.H (Comité de Liaison et d’Application des Sources Historiques) : « En conséquence, les papiers et documents de toute nature relatifs auxdits actes qui peuvent se trouver entre les mains de l'administration suédoise, aussi bien que les archives de la colonie, seront remis au gouvernement français. » auquel il conviendrait de rajouter l’ Article 4 de ce même protocole réglementant la rétrocession de l’île de Saint-Barthélemy à la France : « La reprise de possession de l'île de Saint-Barthélemy et de ses dépendances au nom de la France et la remise des titres et archives prévue par l'article précédent seront effectuées le plus tôt possible après l'échange des ratifications du Traité de rétrocession... »

Ainsi donc, le 16 mars 1878, les archives de l’administration suédoise de Saint-Barthélemy (1784-1878) furent remises à la France en même temps que l’île et laissées sur place. Nul ne pourrait donc nier l’importance de ces précieux documents, connus de la postérité sous l’appellation de « Fonds suédois de Saint-Barthélemy », mais dont l’histoire, fascinante et chaotique, qui va être rapportée ici, pourrait à terme voir près de la moitié de ces archives retourner poussière sans nous laisser plus de traces.

Dans le Journal officiel de la Guadeloupe en date du 11 septembre 1913, une ordonnance datée du 2 septembre fut publiée concernant les archives suédoises de Saint-Barthélemy : le gouverneur français, Emile Merwart, ayant visité l’île, avait constaté qu’aucun inventaire n’avait été fait des archives suédoises de Saint-Barthélemy. Il fut donc ordonné que celui-ci soit dressé et que les documents soient conservés à la mairie de Gustavia, dans des locaux fermant à clé. Une commission, désignée par le gouverneur de la Guadeloupe, fut chargée du travail. Il n’est pas sûr que ces instructions donnèrent lieu à un quelconque inventoriage : aucune trace écrite n’ayant par la suite été retrouvée; d’ailleurs le contraire eut été étonnant puisque ce fonds d’archives, particulièrement dense et complexe, contient des documents dans les trois langues : anglais, français et suédois.

 

Début 1932, le chef de l’autorité judiciaire de la Guadeloupe visita Saint-Barthélemy. Il fut très surpris d’apprendre que ce qu’il décrivait lui-même comme « les très importantes archives de l’ancienne administration suédoise » se trouvaient toujours à Gustavia. Dès son retour à Basse-Terre, il écrivit une lettre, datée du 11 février, au juge de paix de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, lui enjoignant de se mettre en rapport avec le maire de Saint-Barthélemy, le docteur Tara, pour faire en sorte que les archives suédoises soient transférées en Guadeloupe. Tout devrait être mis en œuvre pour cela, du fait de leur importance; et c’est ainsi que le 18 mars 1932, 8 caisses pour un total de 962 kg et  2 159 pieds cube furent embarquées à bord du vapeur Antilles en direction de la Guadeloupe. L’archiviste suédois Björn Lindh évoquera en 1974 la présence dans le volume n° 325 d’un registre provisoire datant de 1932 ; celui-ci aurait donc été établi à l’occasion de ce premier transfert.

Difficile de savoir avec exactitude ce qu’il advint dans un premier temps des documents qui auraient tout d’abord été entreposés dans une ancienne école; puis, lorsque le guyanais Felix Eboué fut nommé gouverneur de la Guadeloupe en 1936, son ami Léon Bassières, qui l’accompagnait lors son arrivée, eut la charge de s’occuper des archives présentes en Guadeloupe et c’est ainsi que ce dernier éditera une brochure concernant le fonds suédois en 1937. Les Archives de la Guadeloupe se voyant attribués les locaux d’une ancienne caserne après la deuxième guerre mondiale, c’est là, dans un des bâtiments en arrière de la préfecture de Basse-Terre que fut finalement stocké, on ne sait quand, le fonds suédois de Saint-Barthélemy. Malheureusement, en 1955, un court-circuit mit le feu au bâtiment. Les archives françaises furent sérieusement endommagées mais le fonds suédois échappa aux flammes, mais fût par contre victime de l’eau que projetèrent les pompiers afin de circonscrire l ‘incendie, puis, paraît-il, des cabris, qui se seraient délectés de quelques contrats de mariage ou autres ordonnances royales du 18ème siècle lorsque les documents furent éparpillés autour de la caserne pour les sécher à l’air libre. Une fois secs, les documents furent de nouveaux emballés, attachés et rangés non sans avoir subi au préalable une petite pulvérisation de dichlorodiphényltrichloroéthane pour les préserver des insectes, DDT qui finira par se durcir dans le temps et abîmer plus encore le papier fragile; il convient d’évoquer de même le taux d’humidité ambiante très élevé dans cette région du monde et qui n’aura probablement pas eu une action bénéfique dans des locaux dépourvus de toute aération. [ce qui fît écrire à l’amiRAL, grand spécialiste du détournement de fonds :  le Fonds suédois de Saint-Barthélemy a les mêmes ennemis que l'homme : le feu, l'humide, les bêtes, le temps...et son propre contenu." ( humour :o) )]

Lorsque le journaliste américain, d’origine suédoise, Rolf Lamborn embarque de Miami en février 1961, avec son épouse Florence, pour le Surinam, l’objet de leur étude est, pour quelques mois : les « Bush Negroes », descendants d’esclaves qui ont maronné vers les forêts intérieures fin 17ème  début 18ème siècle. Profitant de l’opportunité qui leur était offerte par les compagnies aériennes d’alors, ils ont programmé pas moins de 16 escales sur leur itinéraire à travers les îles antillaises. Leur voyage va pourtant s’arrêter dès leurs premières étapes, et pour longtemps, à cause d’une petite île oubliée de la Mer des Caraïbes. De Saint-Martin, M. Rémi de Haenen les déposa à Saint-Barthélemy où leur principal intérêt était de retrouver les traces de l’époque suédoise. Comme aux officiers des navires de guerre suédois de passage qui avaient précédemment posé la question sur demande expresse de leur autorité Il leur fût répondu en mairie qu’il ne restait rien ici et que les documents avaient été transférés en Guadeloupe mais qu’ ils avaient été détruit par un incendie soit qu’ils étaient de toute façon perdus. Lors de leur passage en Guadeloupe, il décidèrent quand même de mener leur petite enquête sur ces archives suédoises disparues; L’archiviste Maurice Nicholas, tout fraîchement débarqué de Martinique avec pour mission de remettre un peu d’ordre dans le chaos dans lequel se trouvaient les archives de Guadeloupe depuis plusieurs années, les conduira vers une grande salle sombre sans ouverture où naguère les soldats retrouvaient leurs lits de camp et  voilà donc comment, en 1961, les archives suédoises de Saint-Barthélemy allaient ressortir de l’ombre où elles étaient plongées depuis 1878, une épopée dont  le premier volet est retracé dans un article intitulé « The archives of Saint Bartholomew rediscovered » publié en janvier 1964 dans la revue The Swedish Pioneer signé Rolf K. Lamborn (décédé il y a une vingtaine d’année) et largement repris ici.

Les quelques 200 000 feuillets découverts dans les 265 liasses qui représentaient environ 23 mètres de linéaires  d’étagères n’étaient en réalité qu’une partie du fonds suédois de Saint-Barthélemy, car l’autre partie se trouvait encore…à Saint-Barthélemy. C’est le Père Le Gallo, à Vieux-Fort, qui mit les Lamborn sur cette voie : il avait officié 4 ans durant à Saint-Barth (il est notamment l’auteur d’un recensement par famille fait pour la paroisse de Lorient, de case en case, vers 1953) et il savait qu’un certain nombre de documents suédois se trouvaient non pas à la mairie mais dans le palais de justice, « one of the only two Swedish government buildings still preserved » comme l’a écrit Rolf Lamborn en 1963...Et c’est effectivement quelques 75 000 feuillets datant de l’époque suédoise qui seront retrouvés là, sous poussières et excréments de ravets, puis aussitôt expédiés en Guadeloupe en compagnie d’autres documents datant d’avant la période suédoise. La raison de cet « oubli » est fort simple : ces documents étaient sous la juridiction du juge et donc en dehors du contrôle de la municipalité; le juge, qui siégeait à Marigot (Saint-Martin), ne venait qu’exceptionnellement à Saint-barthélemy et n’aurait jamais vraiment porté attention à ce qui se trouvait dans son Palais de Justice.

Pendant de longues semaines, les archives suédoises ainsi réunies feront l’objet d’un premier classement : elles consisteront désormais en 327 liasses (dont 114 concernent les Procès-verbaux de Justice) contenant chacune de 800 à 1000 feuillets. Néanmoins Rolf Lamborn avoue qu’un important travail reste à faire avant qu’elles puissent faire l’objet d’un microfilmage. Les Archives Nationales de Suède, par la voix de leur directeur, le Dr Ingvar Andersson, exprimeront le souhait que celui-ci soit accompli et une subvention de 10 000 couronnes suédoises leur fut par ailleurs versée dans ce but par la fondation « Gustav VI Adolf 80’s birthday », aux noms de Rolf Lamborn et des Riksarkivet, le 27 mars 1963. Rolf Lamborn conclut alors qu’il espère que cette subvention sera complétée afin qu’il puisse assurer lui-même le microfilmage qui, selon lui, devrait prendre 8 mois et pour lequel il s’estime le mieux placé étant donnée sa bonne connaissance du fonds suédois de Saint-barthélemy. En vérité, le retour de M. Rolf lamborn aux Archives Départementales de la Guadeloupe n’est pas vraiment souhaité et d’ailleurs il n’eut jamais lieu : leur directeur jusqu’en 1994, M. Jean-Paul Hervieu, se souvient qu’à sa prise de fonction en 1964 son personnel n’avait pas une très grande estime des Lamborn ; M. Brändström est encore plus catégorique : des documents de grande valeur portant le sceau royal suédois auraient tout bonnement disparu et certains auraient même fait leur réapparition sur le marché noir ! C’est sans doute pourquoi, deux ans plus tard, rien n’aura encore été entrepris puisque dans l’édition n° 8 de la revue Arkiv, Samhälle och Forskning datée de 1965 le Dr Ingvar Andersson est l’auteur d’un article de 7 pages intitulé «Arkivalier från S:t Barthélemys svenka tid» [Les archives de la période suédoise de Saint-Barthélemy] dans lequel il exprime son espoir de voir un jour se présenter l’opportunité, en accord avec les Archives de France,  de la mise en oeuvre du microfilmage du fonds suédois.

Quitte à citer cet article du Dr Ingvar Andersson, basé sur ces échanges avec Rolf Lamborn et probablement aussi sa publication de 1964 « The archives of Saint Bartholomew rediscovered », il serait intéressant de faire remarquer qu’ils mentionnent tous deux Charles H. Robequain, qui a visité Saint-Barthélemy en Juillet-Août 1947 et qui a publié par la suite « Saint Barthélemy, terre française » (1949) pour expliquer que ce dernier avait recherché en vain, en Guadeloupe, le fonds suédois…Il se trouve cette petite note en bas de page 859 du chapitre consacré à Saint-Barthélemy dans le tome 2 de l’ouvrage « La Guadeloupe » par M. Guy Lasserre : « Aux Archives départementales de Basse-terre, existent de nombreuses liasses suédoises. Nous devons à M. Fortuné d’avoir pu les consulter en 1948, sans d’ailleurs pouvoir en tirer profit, par ignorance de la langue suédoise. Nous avons émis un vœu auprès du Service des Archives pour que ces documents soient transférés aux Archives nationales où des historiens familiarisés avec le suédois pourraient les dépouiller » : cette thèse a été publiée à Bordeaux en 1961, l’année même où le couple Rolf et Florence Lamborn a donc "redécouvert" les archives de Saint-Barthélemy. 

La question du microfilmage en est donc à ses premiers balbutiements et c’est ainsi qu’en 1967 un jeune chercheur universitaire suédois du nom, déjà mentionné, de Dan Brändström, au fait que le fonds suédois de Saint-Barthélemy se trouvait aux Archives départementales de la Guadeloupe de par ses lectures de l’histoire coloniale de son pays (une publication suédoise en fait état dès 1938) et qu’il avait en outre entendu une interview du couple Lamborn à ce sujet à la radio nationale suédoise en 1964, eut l’idée d’étudier et microfilmer ces précieux documents et débarqua bille en tête et fleur au fusil à Basse-Terre avec tout son équipement. Il s’ensuivit un échange de lettres entre le directeur général des Archives Nationales de Suède, M. Kromnow, le directeur général des Archives de France, M. Chamson et le directeur des Archives départementales de la Guadeloupe, M. Hervieu, où M. Kromnow demanda l’autorisation pour ce microfilmage. C’est en octobre que le travail put commencer et Dan Brändström microfilmera 9 bobines, avec l’aide de M. Hervieu, touchant aux séries 136-138 (Procès-verbaux de Justice), 285-286 (Esclavage), 287 (Etat-civil) et 292-293 (Recensements). Ces microfilms furent par la suite remis aux Archives Nationales de Suède (Riksarkivet). Agé de 26 ans, Dan Brändström  bénéficiait alors d’une bourse et d’un délai de trois semaines qui allaient vite se révéler insuffisant pour entreprendre cette tâche correctement; il n’était pas rompu au travail en archives et se retrouver devant la complexité d’un linéaire de 33 mètres de liasses insuffisamment classées se révéla vite être un handicap insurmontable. Ayant réalisé l’ampleur considérable du travail qu’il fallait effectuer le jeune chercheur prit la décision de rentrer en Europe non sans avoir laissé en Guadeloupe, avec l’aval de la société auprès de laquelle il avait pu le louer à moindre frais,  le matériel  de microfilmage. Il fit alors paraître un article intitulé « Det svenska arkivet i Västindien » [Les archives suédoises dans les Antilles] dans le n° 301 du journal Västerbottens-Kuriren le vendredi 28 décembre 1967  qui traite en particulier du système scolaire de Saint-Barthélemy à l’époque suédoise et appelle à ce qu’il soit accordé à un boursier spécialisé en histoire la possibilité de se rendre en Guadeloupe pour mener à terme le classement des documents, et en particulier ceux de langue suédoise. Il essaya également de convaincre les  Archives de Suède d’expédier quelqu’un à Basse-Terre pour tirer profit de l’équipement laissé là bas; malheureusement, bien que ceux-ci aient finalement débloqué la subvention de la Fondation Royale, sur demande de M. Rolf Lamborn, pour la poursuite de son travail, le projet n’ira pas plus loin et le jeune homme dut rapatrier en Suède, et à ses frais, les 200 kilos de matériel au printemps 1968. Dan A. Brändström était jusqu’en fin d’année dernière, date à laquelle il a pris sa retraite, le directeur du Riksbankens jubileumsfond ( The Bank of Sweden Tercentenary Foundation.)

M. Hervieu, directeur des Archives départementales de la Guadeloupe, avait donc eu la démonstration de l’inconvénient de microfilmer des documents mal classés et sans inventaire. Cet avis fut confirmé par M. Gandilhon, conservateur en chef des Archives de France, chargé de mission d’inspection en décembre 1967 qui concluait : « …il semble inopportun de laisser microfilmer en son état actuel le fonds de Saint-Barthélemy, mais utile pour la France d’en assurer classement et inventoriage, par envoi aux Archives nationales. » : le vœu émis par M. Guy Lasserre 19 ans plus tôt allait donc se réaliser !

M. Hervieu embarqua le fonds suédois de Saint-Barthélemy, dans 11 grandes caisses de bois, à bord du croiseur porte-hélicoptères Jeanne d’Arc vers Brest en 1971. Il était tout d’abord question de le déposer au Centre Culturel Suédois à Paris, seule représentation à l’étranger de l’Institut Suédois de Stockholm, mais suite au changement de directeur des Archives de France, M. Duboscq ayant remplacé M. Chamson, le fonds fut finalement transféré au Dépôt des archives d’outre-mer à Aix-en-Provence après quelques mois d’errance en Bretagne. Ce furent en fait les premières archives d’Amérique à être entreposées à Aix-en-Provence car le Dépôt des archives d’outre mer, qui deviendra plus tard le Centre des archives d’outre-mer, ne contenait alors que des pièces en provenance des colonies françaises en Afrique : les archives d’outre-mer étant habituellement stockées à la Section outre-mer des Archives nationales, rue Oudinot à Paris. L’année suivante, en 1972, la Direction des Archives de France demanda à son homologue suédois de nommer un archiviste de langue suédoise afin d’effectuer classement et inventaire. C’est M. Björn Lindh, malheureusement décédé en août dernier, alors conservateur aux Archives de Lund, qui sera désigné; il remet la traduction française de son répertoire numérique en 1973.

Le microfilmage débute la même année, aux frais du Dépôt des Archives d’outre mer, et des copies sont livrées, à titre onéreux, aux Archives Nationales de Suède. Il est impossible aujourd’hui de savoir avec précision ce qu’il est finalement advenu de la subvention des 10 000 couronnes suédoises, mais le sentiment général aux Rikarkivet est qu’elle aurait été versée en France à la société chargée du microfilmage, probablement le Dépôt des Archives d’outre mer lui même, aucune société extérieure n’est intervenue, le microfilmage a été réalisé en interne parfois avec l’aide du Centre national du microfilm d’Espeyran.

Ce qui est sûr en revanche c’est que le fonds suédois de Saint-Barthélemy  ne sera pas microfilmé dans son intégralité pas plus qu’il ne sera ré-expédié en Guadeloupe  malgré la promesse qui avait été faite par le précédent directeur des Archives de France, M. Chamson, au directeur des Archives Départementales de Guadeloupe, M. Jean-Paul Hervieu; c’est ainsi que 148 liasses sur le total des 327 ne seront pas microfilmées.

Selon M. Jacques Dion du Service Archives nationales d'outre-mer de la Direction des Archives de France « le microfilmage se sera effectué dans des conditions difficiles et au détriment d’autres tâches tout aussi urgentes.  L’archiviste a noté : "Impossibilité de restaurer certaines liasses. En effet leur papier semble avoir subi une évolution chimique telle qu’il combat l’action de l’acétone" .» Officiellement, id est d’après le Tome III (Marine et Outre-mer) de l’État Général des Fonds édité en 1980 par les Archives Nationales : « l'état de dégradation du papier et des encres, conséquence du climat tropical, déconseillant le retour à la Guadeloupe de ces documents fragiles, les Archives Nationales les ont accueillis  dans leur dépôt d’Aix-en-Provence ». Le Centre des Archives d’outre-mer (CAOM, devenu officiellement ANOM [Archives nationales d’Outre-mer] depuis le 1er janvier 2007) qui conserve donc « provisoirement » ces archives de l’île de Saint-Barthélemy (comme stipulé noir sur blanc dans l’inventaire des microfilms à destination du public) fût inauguré à Aix-en-Provence en 1966 alors que se construisait en parallèle un pôle universitaire avec un important secteur Sciences Humaines; une implantation qui ne devait donc rien au hasard et qui s’inscrivait dans une dynamique de recherches, mais ce n’est que vers la fin des années 80 qu’y furent transférés les archives "des Amériques" de la section outre-mer de la rue Oudinot.

Toujours selon le Service Archives nationales d'outre-mer «  Il semble aujourd’hui que les Archives de France ont su préserver un fonds dont l’état initial était et reste préoccupant mais en tous cas stabilisé. » Il n’en reste pas moins que les archives de France se montrent aujourd’hui plutôt discrètes sur certains passages de l’historique du fonds suédois de Saint-Barthélemy et notamment sur les raisons pour lesquelles le travail de microfilmage sera resté inachevé.

Voilà comment le Service Archives nationales d'outre-mer de la Direction des Archives de France décrit aujourd’hui les originaux des 327 liasses qui constituent le fonds d’archives : « extrêmement fragiles : papier cassant et noirci, encre acide. Actuellement, le maniement des liasses est quasi impossible. Seul un important travail de restauration (long et coûteux) permettrait de reprendre le microfilmage. »

Dans l’édition n° 16 de la revue Arkiv, Samhälle och Forskning parue en 1974 l’archiviste suédois Björn Lindh dans un article de 5 pages intitulé «Det svenka S:t Barthélemy-arkivet» [Les archives suédoises de Saint-Barthélemy] fait pourtant la constatation suivante : « Ceci dit, on peut dire d'une manière générale au sujet de ces archives que seuls quelques documents isolés ont besoin d'une restauration avant d'être microfilmés. »

La liste des séries non microfilmées, fournie par le CAOM, est la suivante :
- Manifestes (M) 1-58
- Comptes (C.P.) 73-124
- Décrets et proclamations (L) 134-135
- Journaux et listes (PJT) 136-139
- Navigation (AM) 265-275bis
- Naturalisations (N) 276-280
- Etat civil (E) 287-291 5
- Recensements (P.O.) 292-293
- Cultes (R) 294-295
- Divers (D) 296-300bis
- Documents non indexés 325

Ces séries présentent un intérêt incontestable : en 1978, le Dr Jean Benoist, alors directeur du Laboratoire d'écologie humaine à Aix-en-Provence et professeur à l'Université de droit et d'économie à Aix et également professeur au département d'anthropologie à l'université de Montréal, a fait photocopier un certain nombre de listes nominatives aux Archives d'Outre-mer. En 1982, alors que commençait le dépouillement, l'informatisation, et la vérification des listes nominatives photocopiées, la professeure canadienne Francine Mayer, lors d'une visite à Aix-en-Provence, a pu voir ces listes alors recouvertes d'une pellicule transparente afin les protéger ; ce sont les fonds canadiens de recherche du Dr Benoist qui ont contribué financièrement à cette protection des documents. Mme Mayer se souvient avoir pu voir d'autres listes nominatives qui provenaient, selon elle, de la boîte PO 293. Elle voulu en obtenir photocopie en 1987, lors d'un colloque à Aix; aux archives d'Aix on lui a alors déclaré ne pas les trouver. Une agente de recherche de passage à Paris en 1988 pour un séminaire sera envoyée vérifier aux Archives d'Outre mer si ces listes étaient réapparues..."nenni". Les équipes canadiennes achèteront par la suite les microfilms des archives suédoises. En 1998, les linguistes français Louis-Jean Calvet et Robert Chaudenson exprimeront leurs regrets dans «Saint-Barthélemy : une énigme linguistique» de ne plus pouvoir avoir accès à ces séries Recensements (P.O.) 292-293 au Centre d’Archives d’Aix-en-Provence. De même, le professeur suédois Rolf Sjöström explique avoir bénéficié de la complaisance du CAOM en 1995 pour pouvoir consulter certains documents, non accessibles au public, dans le cadre du projet de 1993-1999 « Utbildning och kolonialism: Svenska undervisningsprojekt i Torne Lappmark och Nya världen på 1700- och 1800 talen » [Education et colonialisme : projets scolaires suédois en Laponie et dans le nouveau monde au 18ème et 19ème siècles] où il s’est intéressé au cas de Saint-Barthélemy. Dans une présentation datant de 2003 et téléchargeable en ligne depuis 2005 sur le site internet de la bibliothèque universitaire d’Umea il précise : « De grandes parties du fonds sont malheureusement en piteux état. Un des volumes d'archives ne fut accessible que grâce à la complaisance particulière de la direction des archives, tandis qu'un autre volume clé se révéla inexploitable, car le document était en train de se désagréger en petits morceaux.

Il conviendrait d'entreprendre rapidement quelque chose pour les restaurer et les mettre sur microfilm. Ce n'est pas l'intérêt qui manque, mais il est difficile de trouver quelqu'un qui veuille bien payer.» Il convient peut-être de relativiser les propos de Rolf Sjöström lorsqu’il écrit que « De grandes parties du fonds sont malheureusement en piteux état» car au contraire de Lamborn, Brändström et Lindh, il n’a pas eu accès à l’intégralité du Fonds et ne peut donc se référer qu'aux informations que lui en a communiqué le Centre d'Archives d'outre-mer d'Aix-en-Provence. Si certaines liasses sont probablement aujourd’hui effectivement difficilement récupérables ( par exemple dans les séries Etat civil (E) ) il n’en reste pas moins que d’autres pourraient pourtant bien être sauvées par microfilmage et un certain nombre sans restauration préalable. D’autant plus qu’une série comme la série Procès-verbaux de finances (PF), 14 volumes : 59-72, décrite dans l’article de M. Dr Ingvar Andersson en 1965 comme « delvis vattenskadade » (partiellement endommagée par l’eau) n’apparaît pas dans la liste des séries non microfilmées. On remarquera aussi que certaines séries microfilmées par Dan Brändström en 1967 sont considérées comme non-microfilmées par le Centre d’Archives d’Outre-mer : soit que les Archives de France ne sont pas au courant de l’existence de ces microfilms, soit que les Archives de France n’estiment pas utile de se procurer les microfilms de ces séries dont ils assurent pourtant la conservation des originaux. Il serait donc fort souhaitable de pouvoir disposer d’un inventaire détaillé et aussi précis que possible quant à l’état exact de ces documents restant à microfilmer.

Le Comité de Liaison et d’Application des Sources Historiques souhaitait par exemple aujourd’hui avoir accès aux 59 volumes « Manifestes » dans le cadre de ses recherches sur la traite négrière à Saint-Barthélemy : la série M renferme en effet des informations concernant les navires et leur cargaison dans le port de Gustavia à partir de 1805; Malgré l’appui du directeur du « Wilberforce Institute for the study of Slavery and Emancipation » de l’université de Hull au Royaume-Uni, le CAOM a dissuadé le haut responsable du C.L.A.S.H d'une démarche inopportune et vouée
à l'échec tout en précisant quelque peu vaguement qu’ « un examen par des spécialistes de la restauration pourrait peut-être avoir lieu compte-tenu de l’amélioration des techniques depuis l’époque du microfilmage. »

Mais c’est au détour du tout nouveau « Guide des sources de la traite négrières, de l’esclavage et de leurs abolitions »  publié par la Direction des Archives de France que l’histoire du fonds suédois de Saint-Barthélemy renaît une nouvelle fois : 11 registres contenant "plusieurs actes relatifs à des armements de navires dont certains sont faits pour la traite ainsi que de nombreuses autres notations relatives à l’esclavage" avaient été expédiés à Washington en 1886. Ces registres ont donc été tiré du fonds suédois directement à Saint-Barthélemy peu après la rétrocession. Ce transfert faisait suite aux demandes de dédommagements des marins des bâtiments neutres américains demandés par le gouvernement des Etats-Unis en 1831 suite aux attaques des corsaires armés par Victor Hugues trente cinq ans plus tôt durant la quasi-guerre ; l’affaire traînant en longueur, le greffier en chef du tribunal de Basse-Terre, M. Léon Belmont, va donc expédier directement à Washington, et ce pour une durée théorique de deux ans, des documents originaux dont ces 11 registres, "pour faire bonne mesure" comme écrit dans le Guide mais plus sûrement en raison du rôle joué par Saint-Barthélemy pendant la période révolutionnaire aux Antilles et des relations entretenues par Victor Hugues avec le gouverneur suédois Bagge; ces documents oubliés, redécouverts à l’ambassade de France, à Washington, seront ré-expédiés vers Paris aux Archives Nationales en 1958 suite aux démarches de Mme Ulane Bonnel, puis retournés à Bisdary (Gourbeyre) aux Archives Départementales de la Guadeloupe en 1988 à la demande de leur directeur, M. Hervieu.  

Pour reprendre la description extrait du Tome III (Marine et Outre-mer) de l’État Général des Fonds édité en 1980 par les Archives Nationales, « Le fonds de Saint-Barthélemy est intéressant non seulement pour l'histoire de cette petite île, mais aussi pour celle des Antilles et celle de l'administration coloniale suédoise. » et pour conclure, la définition du Conseil international des Archives : « les archives constituent la mémoire des nations et des sociétés; elles fondent leur identité et sont un élément clé de la société de l’information. En témoignant des activités menées et des décisions prises, elles assurent à la fois la continuité des organismes et la justification de leurs droits, ainsi que de ceux des individus et des États. Parce qu'elles garantissent l'accès des citoyens à l'information administrative et le droit des peuples à connaître leur histoire, les archives sont essentielles à l'exercice de la démocratie, à la responsabilisation des pouvoirs publics et à la bonne gouvernance. » Est-ce donc ainsi que Saint-Barthélemy entend laisser défendre ce patrimoine ? pour mieux envisager son avenir ? La collectivité d’outre-mer de Saint Barthélemy s’est officiellement substitué à la commune de Saint-Barthélemy, au département  et à la région de la Guadeloupe le 15 juillet 2007; en application du code du patrimoine et du code général des collectivités territoriales, il lui incombe donc désormais d’assurer la conservation de ses archives mais aussi leur mise en valeur, dans un bâtiment ouvert au public. L’île pourrait rapatrier ses dépôts des Archives Départementales de la Guadeloupe mais que réserve t-on au
juste au précieux fonds suédois de Saint-Barthélemy ?

l’amiRAL du C.L.A.S.H…sur l’île de Nantes.

Avec la collaboration de M. Rolf Sjöström, M. Dan Brändström, M. Göran Larsson, M. Örjan Romefors, Mme Ingrid Eriksson Karth, Mme Hélène Servant, M. Jacques Dion, Mme Evelyne Camara, M. Jean-Paul Hervieu, M. David Richardson, Mme Francine Mayer, et M. Jean Benoist.
par zephyrin publié dans : negmawon
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Vendredi 10 août 2007
Un après-midi ordinaire en Guadeloupe. La ville de Pointe-à-Pitre, en pleine effervescence telle une ruche compacte exposée à l’implacable soleil des Antilles, fourmille de passants affairés , de badauds blasés évoluant dans ce cadre urbain à la fois moderne et kitsch si caractéristique des grandes agglomérations locales. Les booming-systems surpuissants équipant les véhicules des jeunes gens font résonner dans les rues les morceaux de reggae dancehall et de crunk à la mode. Le long de la Rue Frébault, des pacotilleuses et des marchands ambulants installés devant les nombreux magasins vantent à la criée les mérites de leurs produits. Il y a bien longtemps que les touristes fraîchement débarqués au Quai Lefèbvre ne s’aventurent plus aussi loin, malgré une baisse significative de la criminalité, mis en garde contre les mésaventures qu’ils risquent en s’éloignant du bateau…Tout comme certains de leurs pairs confinés dans l’espace idyllique et aseptisé des complexes hôteliers, ils ne verront sans doute jamais l’antithèse parfaite des idées reçues ancrées dans l’imaginaire collectif, ne soupçonneront jamais l’existence et la présence pourtant pas si lointaine de zones en totale rupture avec les images enchanteresses communément vendues quand il s’agit d’évoquer « l’île aux belles eaux ». Comme la cité Henri IV, fièrement rebaptisée « Washington » par les jeunes qui l’habitent. Comme celle de Mortenol. Ou, pire, comme le ghetto de Boissard, adjacent à ‘Lapwent’... Le mot est lâché : Boissard. Le nom. Le quartier. Le mythe.

boissard_quartier

Implanté sur la commune des Abymes, ce quartier fut autrefois littéralement considéré comme un véritable bidonville. Au début des années 90, période où la mauvaise réputation de l’endroit est à son apogée, plus de 7000 habitants y sont recensés par l’INSEE, des hommes et des femmes vivant pour nombre d’entre eux dans des cases et des habitations de fortune, derrière les planches et sous la tôle, parfois sans eau, électricité ou installations sanitaires… Boissard accueille une population démunie, l’insalubrité gangrène cette zone défavorisée où les occupants vivent à la dure et doivent quotidiennement faire face à la pauvreté. Autochtones comme étrangers, parfois en situation irrégulière, y mènent la vie des laissés-pour-compte, avec tous les travers qu’elle comporte. Ce regroupement d’habitats misérables et ce dédale de ruelles exiguës est devenu un ghetto, assimilé à un coupe-gorge et à une zone de non-droit où ont cours toutes sortes de malversations.

2006. Accéder au site n’est pas chose évidente vu l’indéniable et l’apparente réclusion qui le caractérise. Se dressant à l’une des entrées du quartier, un large panneau prône la lutte contre l’insalubrité et annonce son « éradication ». Des infrastructures modernes semblent avoir fait leur apparition dans les environs. Depuis plusieurs années, Boissard fait en effet l’objet d’une politique de réhabilitation et de rénovation urbaine; de nombreuses cases ont été rasées dans cet élan de progrès et leurs propriétaires ont été relogés suite à la démolition de leur abri. La construction de HLM, rappelant les immeubles d’une cité voisine, Lacroix, est en chantier et l’on prévoit qu’à terme ceux-ci représenteront le nouveau visage de ce territoire si décrié. Un peu plus loin, quelques rudeboys ont investi le coin de petites allées cahoteuses et tiennent leur marchandise à la disposition des consommateurs intéressés. Un homme aux longues dreadlocks se lave à un point d’eau public. Des carcasses de voitures jonchent ça et là les environs et des mornes s’étendent depuis les voies principales, compliquant la configuration déjà peu orthodoxe de l’ensemble. L’atmosphère n’est pas oppressante, mais pourtant difficile de s’enfoncer très profondément dans ce milieu si particulier. On ne dénombre pas un homicide par jour à Boissard. Le quartier ne défraye pas régulièrement la chronique judiciaire des médias locaux. Néanmoins nul n’ira se pavoiser là-bas, de manière anodine, sans raison explicite. Un chanteur de reggae antillais faisait état lors d’une récente discussion de localités propres à la Jamaique où même les jamaïcains n’auraient pas idée de se rendre. Boissard représente leur équivalent Guadeloupéen… Isolé, frappé de plein fouet par le chômage ou le manque de ressources, il est aisé d’imaginer les dérives que l’on peut rencontrer sur place. Les mauvaises langues parlent de business en tous genres. Certes, on peut craindre le pire en voyant errer dans l’En-Ville les silhouettes décharnées et zombifiées des « paros », ces accros au crack, à la « roche » comme on dit ici, devenus malheureusement familiers de certains paysages citadins. Nous ne serons pourtant jamais les témoins d’une quelconque transaction de cet ordre lors de nos différents passages dans le périmètre…

quartier_boissard_guadeloupe

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L’une des membres d’une association caritative basée en milieu urbain confirme la difficulté d’évoluer dans cet univers singulier et évoque les particularités inhérentes au travail effectué sur le terrain. Deux années de présence sur le site à son actif durant lesquelles elle poursuivait jour après jour les même missions : accompagnement au quotidien, procédures de relogement, aide vis-à-vis des démarches administratives et des formalités (régularisation de situations, demandes d’allocations) … Elle décrit les liens affectifs tissés avec les personnes vivant au cœur du ghetto, le labeur de longue haleine que représente le relogement et les 300 cas suivis avec succès depuis leurs débuts, mais aussi le découragement parfois ressenti face à la difficulté de faire bouger les choses ou la peine éprouvée à la vue des conditions de vie des gens du quartier. « C’est parfois dur de voir comment ces personnes vivent » confie t-elle, « et je peux vous assurer qu’après vous n’avez pas envie de jeter la moindre miette se trouvant au fond de votre assiette et que vous remerciez le ciel d’avoir un toit décent au dessus de votre tête. »

Situé à proximité d’un établissement scolaire, le local du Comité de quartier de Boissard arbore toutes sortes d’affiches présentant les différentes activités proposées à ses voisins. Cette association, créée en 1978 puis officialisée en 1988, lutte sur plusieurs tableaux et intervient à des niveaux aussi louables et divers que l’aide aux personnes en difficulté, la formation, l’insertion et la réinsertion de jeunes et d’anciens détenus, la mise en place de systèmes de cours pour adultes et de soutien scolaire ou l’accueil d’enfants en CLSH à prix très modérés. Vêtu d’un T-shirt sensibilisant à la lutte contre la drogue -le cheval de bataille de l’association- et entouré de dossiers, le président s’affaire dans son bureau. « Il y a du pain sur la planche ! » nous confie t-il. Déterminé, il évoque le dénuement, le désarroi de certains chefs de famille, le cas d’adolescents qui vendent des substances illicites pour faire vivre les leurs et regrette que l’on ne mette pas l’accent sur la prévention contre la demande de drogue et les causes de sa consommation. L’homme est amer et remonté contre les décideurs politiques, apparemment dérangés par les problèmes évidents soulevés par le Comité. Il dénonce l’immobilisme de ces derniers et l’indifférence du maire, avare d’efforts et peu soucieux du sort de cette partie de ses administrés, refusant tantôt de mettre à leur disposition certaines installations municipales ou dénigrant les jeunes gens du quartier. «Monsieur le maire refuse de s’occuper de la jeunesse, il s’en fout ! » assure notre interlocuteur. « Nous avons été cadenassés et nous sommes livrés à nous-mêmes, alors nous essayons de développer nos propres structures pour ne plus avoir à compter vainement sur les autres. » Il tempère la violence des jeunes guadeloupéens par rapport à ceux de l’Hexagone et souligne que ceux-ci expriment leur malaise par ce biais, tout en exposant ses craintes pour les temps à venir si rien de concret n’est opéré : « Les jeunes auraient pu (...) le feu depuis longtemps. Il faut s’attendre à ce que ça explose, passivement ou activement… ça va péter et quand ça arrivera tout le monde sera touché, ça ne restera pas confiné dans les quartiers…»

Boissard. Le nom. Le quartier. Le mythe. Quel avenir pour cette zone dont la réclusion et la basse condition semblent finalement être les plus grands maux? Les limites de la réhabilitation pointent déjà le bout de leur nez. Certains parlent d’une rénovation mal gérée, d’autres restent dubitatifs quant à la démolition pure et simple des cases et auraient préféré leur remise à neuf. On pointe du doigt un certain manque d’humanité chez les organismes partenaires de l’opération ; le déracinement lié au relogement serait parfois mal vécu par les intéressés, comme cet homme qui décéda dans la semaine suivant son déménagement après 20 ans passés dans le ghetto et ce qui était devenu son foyer ; certaines personnes auraient été simplement replacées dans des cases proches de leurs habitations d’origine et non dans les logements fonctionnels prévus. A Lacroix, des familles relogées seraient menacées d’expulsion suite à l’impossibilité pour ces individus de s’acquitter du loyer requis. Les bâtiments en construction dans les environs annoncent que l’on se dirige inéluctablement vers un changement morphologique des lieux : une nouvelle forme d’exclusion ?

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Je remercie entre autres Mr Christian Vincent,le comité de quartier de Boissard,Glawdys de l'association "Contact Rue" et tous les habitants de Boissard pour leur accueil et leur aimable coopération.

par zephyrin
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Vendredi 10 août 2007
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L’été 2006 s’annonçait particulièrement sportif, richement pourvu de grands rendez-vous tels que : le Mondial de football, le tour de France cycliste, les championnats d’Europe de natation, d’athlétisme, les mondiaux de basket ….

A cette perspective certains amateurs s’en réjouissaient  par avance, prêts à vivre des moments d’émotions. Ils se sont attelés à leurs préparatifs avec ardeur, en prenant grand soin  de s’équiper d’appareils adéquats, afin de ne rien  perdre de leurs évènements sportifs.

A contrario, ceux que le sport ne passionne guère étaient  indifférents à toute cette agitation et au lieu de crier « halte à cette overdose sportive télévisuelle à venir », ils ont plutôt relativisé cette abondance sportive  inhabituelle, s’amusant parfois de l’attitude des passionnés.

En revanche, contre toute attente, une voix discordante émanant d’un intellectuel français, a jeté le glas en stigmatisant la composition négroïde de l’équipe de France de football, la qualifiant de « black-black-black » et la traitant de « risible ». Ce faisant il a créé une séparation de couleur dans le sport tricolore dans son ensemble, comme si il y avait d’un coté les sportifs français et de l’autre les sportifs  noirs, ces derniers estima t’il étant bien trop nombreux. De tels dires laissaient sous-entendre que seuls les sportifs de couleur noire seraient responsables des  résultats qui à n’en point douter s’annonçaient médiocres.

Dans cette mise en accusation les sportifs antillais ont été particulièrement pointés du doigt. Alors qu’en a t’il été exactement des performances sportives françaises de cet été 2006 ? Ces résultats ont-ils pâti de la participation aux différentes sélections de ces sportifs noirs dont ceux issus en particuliers des Antilles ?

Les réjouissances sportives ont débutées dès la dernière semaine du  mois de mai, par les internationaux de tennis de Rolland Garros, où le jeune guadeloupéen Gaël Monfils, tête de série numéro 25, a de l’avis général, a fait vibrer le court Suzanne Lenglen  . Le jeune prodige  a disputé un match d’anthologie, comptant pour le troisième tour face à l’américain James Blake, tête de série numéro 8. Son attitude de conquérant et de battant a séduit les foules .En effet, lors du dernier set, presque à chaque point qu’il gagnait c’est un poing rageur qu’il levait au ciel après l’avoir cogné sur sa poitrine. Une posture de lion qui a rallié le public à sa cause.  Il a remporté son match en quatre sets 2/6-7/6-6/7-7/5. En revanche il  a laissé des forces dans cette bataille car il s’est incliné au tour suivant en 3 sets (6/7-6/7-3/6) face à Novak Djokovic mais après avoir chèrement vendu sa peau.

 

Les petites balles de la porte d’Auteuil ont a peine été rangées, que le 9 juin,  commençait la grande messe planétaire qui tous les quatre ans rassemble des millions de spectateurs dans le monde, à savoir la Coupe du monde de football .C’est sur le sol européen, en Allemagne, que c’est tenu cette année le Mondial de foot, où 32 sélections nationales ont défendue les couleurs de leur drapeau.

 

Les Bleus, l’équipe de France, ont été composés par ceux que le sélectionneur national, Raymond Domenech, a jugé et évalué comme étant les meilleurs joueurs à leur poste respectifs. Ce qui est le principe de toute sélection. Pour cette édition l’équipe des bleus était constituée en majorité de footballeurs noirs, soit un total de quinze sur les vingt quatre appelés.

 

Les joueurs antillais pour leur part étaient au nombre de huit avec entre autre le guyanais Florent Malouda, les guadeloupéens Lilian Thuram, William Gallas, Michael Sylvestre  et les martiniquais Eric Abidal, Thierry Henry, Sylvain Wiltord, Jean-Alain Boumsong.

 

Cette équipe avant et pendant le mondial a été fortement fustigée. Décriée, elle a été tantôt jugée vieillissante, tantôt soupçonnée d’être mal entraînée,  tantôt accusée d’être constitué de joueurs stars surpayés et fainéants, mais le plus choquant ont été les propos racistes dont elle été l’objet. Certaines personnes au travers de forums sur le net ou  sur les ondes FM se sont laissées aller sans complexe à  des propos xénophobes .Au point que certains antillais vivant en France, ont eut le sentiment d’être rejetés, car ces discours ouvertement négrophobes leur donnaient le sentiment, qu’en définitive, sur le terrain on ne considérait plus que c’était l’équipe de France qui jouait, mais une équipe  des Antilles, flanquée de comparses originaires d’Afrique.   

 

Finalement,  comme une sorte de  pied de nez, ces bleus sur lesquels pas grand monde ne misait un euro au départ,  sont tout de même arrivés en finale et ne se sont inclinés face à la squadra azura, l’Italie, qu’a l‘issue d’une fatidique séance de tirs aux buts. En dépit de la défaite, une majorité de spécialistes de part le monde, reconnaissent au final que l’équipe de France était une bonne équipe. De même,  par exemple Lilian  Thuram  est considéré à ce jour comme étant le meilleur défenseur au monde. Ce résultat inattendu a  fait taire de lui-même les voix extrémistes.

 

Après le ballon rond ce sont les forçats de la route qui ont montré la qualité de leur coup de pédale au Tour de France. Seulement en dehors d’un ardoisier point de cyclistes noirs dans le peloton. Nos cyclistes antillais ont pu exprimer leurs talents lors des tours de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane.

<>Puis, comme en réponse à la vague caniculaire qui a sévit sur une partie de l’Europe, c’est dans les bassins de la piscine olympique de Budapest que les meilleurs nageurs européens nous  conviaient à suivre leurs coulées. Durant ces championnats d’Europe de natation, la France a brillé avec treize médailles, dont plusieurs remportées  par Laure Manaudou. Nous  avons aussi pu voir le retour à la compétition de celle qui est surnommée  « magique Malia »,  la jeune nageuse guyanaise Malia Métélla. Cette dernière a été entravée dans  sa préparation par de graves pépins de santé.   

La jeune nageuse guyanaise n’étant pas encore au mieux de sa forme physique, n’a certes pas décroché de médaille individuelle, mais elle s’est tout de même hissée en finale du 50 mètres nage libre dame. Elle a terminée à une encourageante quatrième place et a sa sortie du bassin c’est une Malia souriante, qui déclarait aux micros de France-télévision, être déjà en train de se projeter vers les mondiaux de l’année prochaine qui auront lieu en Australie .Une compétition  qu’elle envisage avant tout comme une étape préparatoire en vue des JO 2008 de Pékin.

 

Au début du mois d’Août, cela a été autour des athlètes de faire chauffer le tour de piste aux championnats d’Europe d’athlétisme de Goetborg en Suède.

 

Le camp français est reparti de Suède auréolé de huit médailles : quatre d’or, une d’argent et trois de bronze. A cette occasion les Antilles ont été chaleureusement remerciées, car les athlètes originaires des DOM de  la Caraïbe sont nombreux et permettent  à la France de figurer à certaines épreuves. De part leur dynamisme et leurs résultats, ils contribuent au fait que  l’athlétisme français puisse exister sur la scène sportive internationale.

La  moisson de médaille de cette année a été presque exclusivement masculine.

Les deux championnes que sont les guadeloupéennes Muriel Hurtis et Christine Aron n’ont pas pu être en position de jouer leur rôle de leader. Muriel Hurtis qui a concourue, fait son retour à la compétition après sa grossesse. Christine Aron quant à elle s’est blessée juste avant le début des championnats. Cette année nous avons pu découvrir de nouveaux talents du sprint féminin : tout d’abord  au 100 mètres haie avec Adriana Lamalle, puis au 200 mètres avec Fabienne Beret –Martinel et enfin au 400 mètres avec Phara Anarcharsis.

 

Adriana Lamalle a été finaliste du 100 métres haies, Fabienne Beret-Martinel a pour sa part été disqualifiée lors de sa demi finale du 200, sur décisions arbitrales quelques peu bizarres et les réclamations déposées par la fédération française d’athlétisme n’y ont rien changées. Phara Anarchasis quant à elle s’est arrêtée en série avec un temps de  7’53’’43.

 

C’est trois jeunes pétillantes martiniquaises font partie de la relève du sprint français féminin. Adriana Lamalle et Fabienne Beret -Martinel ont fait preuve d’originalité en courant avec des bandeaux sur lesquels figurait la carte de la Martinique. Cela a été perçut avec sympathie et a aussi fait au passage une belle publicité pour l’île.

 

Chez les hommes, l’homme de ces championnats est sans nul doute celui que les journalistes appèlent « le grand blond », en raison de sa teinture de cheveux couleur or, Marc Raquil. Du reste, c’est de l’or qu’il été cherché avec ses grandes jambes dans sa course de retour au 400 mètres en un temps de 1’45’’02. Son  finish atypique est en quelque sorte sa marque de fabrique, où étant en retard, il remonte un à un ses adversaires jusqu'à la ligne d’arrivée.  C’est aussi de l’or qu’il a été décroché a l’issue de son dernier relais lors de la finale du relais 4 fois 400 mètres.

 

Le relais 4 fois 100 mètre hommes a été lui aussi médaillé. Constitué entre autre de trois Martiniquais : Ronald Pognon, David Alerte et Eddy de Lépine ce relais complété par Oudéré Kankarafou a été cherché le bronze en finale. Avec ces jeunes athlètes,  le sprint français est en pleine renaissance après la décennie des années 1990 marquée par la gazelle Marie-José Pérec et la fameuse team : Max  Morinière, Daniel Sangouma, Bruno Marie-Rose et Jean-Charles Trouabal qui avait soufflé le record du monde aux américains emmenés par Carl Lewis.

 

Après le dernier tour de piste suédois ce sont les parquets de Saitama au japon qui nous ont offert les dernières sensations sportives de l’été avec les Mondiaux de basket-ball.

 

L’équipe de France de basket dirigée par Claude Bergeaud compte en ses rangs 5 joueurs originaires des Antilles dont trois qui jouent dans le prestigieux championnat américain NBA. Il s’agit du martiniquais Ronny Thuriaf, des guadeloupéens Michael Piétrus et  Johan Pétro .Outre ces joueurs NBA il avait aussi le nouvellement drafté en NBA, Michael Gelabal ainsi que  l’autre frère Piétrus (Florent).

 

Cette équipe en pleine construction avant l’entame du tournoi, a été amputée de son meneur de jeu vedette, double champion NBA, Tony Parker qui s’est blessé à la main lors des derniers entraînements de préparation.

 

Néanmoins, les joueurs français sont parvenus en quart de finale  où ils se sont inclinés face à la Grèce, récente championne d’Europe en titre et contre laquelle la France avait déjà été défaite. En revanche, l’équipe de France s’est adjugée brillamment la cinquième place du tournois, après avoir écartée sur sa route de la finale pour la cinquième place une équipe d’Allemagne emmenée par un Dirk Nowtzky des grands soirs auteur de 29 points.

 

Enfin, c’est comme il a commencé que s’achève cet été hautement sportif, c'est-à-dire avec les bruits des petites  balles jaunes de tennis à l’occasion de la dernière levée du grand chelem, l’Us open de Flushing Meadows aux Etats-Unis.

 

Comme à Rolland Garros, Gaël Monfils nous a  livré des émotions fortes par un début de tournois épique. En effet, la tête de série numéro 27, a disputé  son premier match à la force de son mental car c’est diminué par des douleurs aux  deux pieds qu’il s’est présenté face à l’américain Michael Russel. Match qu’il remporté en quatre sets : 6/2-3/6-7/5-7/6 (7/4).  

 

Malheureusement s’est exploits n’ont pas été plus loin, battu au tour suivant en quatre sets 4/6-6/2-2/6-7/6 par Westley Moodie.

Ainsi s’achève ce programme sportif de l’été 2006 qui a été très dense.

 

Dans l’ensemble le bilan sportif français est loin d’être médiocre contrairement à ce qui était annoncé. Les sportifs de couleur noire sont  loin d’avoir  démérité. Quant à ceux d’origine antillaise qui avaient été montré du doigt, ils  ont su démontrer leur professionnalisme a l’instar d’un Thuram  sans reproche, leur talent tel un Marc Raquil doublement en or, leur vaillance représenté par une Malia Métélla combattante, leur compétitivité chevillée aux baskets d’un époustouflant Flo Piétrus par exemple et leur fougue incarné par un Gaël Monfils émouvant.

<>Nous sommes passés en fin de compte, d’une équipe de foot « black-black-black », « risible », ou les pensées les plus négrophobes se sont exprimées au grand jour, aux remerciements quasi unanimes en fin d’été de la presse sportive, à la contribution des Antilles au sport français,  qui par ses couleurs tropicales permet au sport français de se hisser aux firmament de la gloire. 
  Emmanuelle Deschè
par zephyrin
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Vendredi 10 août 2007

madinina-972.gifComme beaucoup d’insulaires de par le monde, les Martiniquais ont  été pour diverses raisons amenés à quitter leur île et s’installer ailleurs. Ces Martiniquais expatriés ou immigrés constituent une sorte de diaspora dont les trois–quart vivent en France hexagonale. Ces derniers sont communément appelés « les domiens ».

Récemment, lors de la publication d’un communiqué,  l’écrivain  Raphaël Confiant  a utilisé d’autres terminologies, il a employé le mot «créoles » pour désigner les natifs vivant en Martinique et l’expression «noirs français » pour ceux vivant en France. Faisant ainsi référence  à trois notions : celle de la créolité, celle de la négritude et celle de l’assimilationisme.

Il met aussi en avant le fait que ces deux composantes de la population martiniquaise seraient animées par des revendications diamétralement différentes. Mais quelles sont vraiment ces revendications ? En quoi sont-elles si différentes  et le sont-elles vraiment ?  Ceci nous conduit à une autre interrogation, à savoir en quoi le lieu de résidence est-il un facteur d’influence sur les aspirations des Martiniquais ? 
 
Une fois ceci déterminée se pose encore une autre question : celle du regard que les uns portent sur les autres et de leur compréhension réciproque.
 
Concernant les Martiniquais ayant migré en France métropolitaine, il y a une vingtaine d’année de cela, on constate  qu’ils font souche. C'est-à-dire qu’ils restent sur le territoire hexagonal, au lieu de rentrer en Martinique, et ce au bout d’un certain laps de temps, notamment pour prendre leur retraite. Ils  restent sur place, parce qu’ils ont mis au monde une descendance  ayant grandi dans un cadre non insulaire et ces gens font le choix de vivre auprès de leurs enfants. Le symbole de leur enracinement sur un sol qui n’est pas celui pas leur île natale, est aussi lié, peut-être au fait qu’ils sont propriétaires de leur maison ou de leur résidence.  Par contre, les autres Martiniquais ayant fait leur carrière à l’étranger : Etats-Unis, Canada, Europe, contrairement aux premiers retournent vers la Martinique.   
 
Ceux ayant fait le choix de rester sur le sol métropolitain, aspirent en toute légitimité à jouir de la totalité des droits que pourvoit la République à chacun de ses citoyens. Ils souhaitent être intégrés à leur espace de vie. Chose somme toute banale pour n’importe quel déraciné.
 
Or, ils se retrouvent en butte à un certain nombre de discriminations,  en raison de leurs origines et de leur couleur de peau. La société supposée égalitaire dans laquelle ils évoluent, a tendance à les stigmatiser et à les faire sentir qu’ils sont des citoyens français certes, mais à part.
 
Ces discriminations affectent principalement les domaines de  l’emploi et du logement locatif. Sauf qu’aujourd’hui, un certain  nombre d’Antillais refuse de subir  cette situation, et tente de sortir de la spirale du fatalisme, celle dont était engluée la génération précédente, qui acceptait tout sans mot dire. Donc, étant des citoyens français,  ils entendent vivre une  citoyenneté pleine et entière. Ils entendent ne plus être des victimes de mais être acteurs de leur destiné.

Dans cette perspective revendicatrice, des associations  se sont constituées afin de défendre leurs intérêts, avec plus ou moins de succès couronnant leurs actions. La plus significative étant la reconnaissance par l’Etat français de l’esclavage comme crime contre l’humanité et l’attribution d’une date commémorative de l’abolition de cette infamie.

Une quête de visibilité s’inscrit aussi à cette volonté d’intégration. Après avoir été pendant tant d’années cantonné à des positions subalternes  et une quasi-absence de la scène médiatique, ces même Martiniquais militent pour changer cet état de fait. Ils ne souhaitent plus que leurs images représentatives  soient  réduites uniquement à des icônes  sportives et musicales.
En effet, des Martiniquais se font  petit à petit une  place dans l’univers de la petite lucarne. Certains à des postes très vues, comme ceux de journalistes présentateurs de JT à heure de grande écoute (sur le réseau hertzien  et câblé), d’autres à des postes moindre, mais qui jusque là leur étaient fermés comme celui de régisseur de plateau-TV ou cinématographique par exemple. Quoi qu’il en soit,  leurs revendications tiennent essentiellement du refus à ne plus être niés,  mais d’être respectés en tant qu’individu  et citoyen de la République.
Concernant les Martiniquais vivant sur l’île est-ce si différent ?

Selon Raphaël Confiant, les Martiniquais qu’ils appellent  «créoles »   seraient  eux dans une tout autre logique revendicative, celle d’une quête d’autonomie «la plus vaste possible, laquelle doit pouvoir évoluer à moyen ou long terme, vers une indépendance complète … ». Cette affirmation n’est pas complètement fausse, des partis politiques ou des mouvements indépendantistes existent et  n’ont de cesse de tenter de relayer ou de propagander leurs idées politiques auprès des populations.

Au regard de certains résultats électoraux, où des candidats indépendantistes en sont sortis vainqueurs, on pourrait penser comme R. Confiant. Sauf que si deux mairies sont gérées par des indépendantistes (Rivière-pilote et Sainte-Anne) et que la présidence de la Région a échu à Alfred Marie-Jeanne (chef de file du MIM), ce n’est pas pour autant que l’ensemble des Martiniquais aspire à plus d’autonomie. L’idée a certes gagné du terrain par rapport à vingtaine d’années,  mais elle n’est toujours pas majoritaire dans la pensée des habitants. Elle demeure encore effrayante pour beaucoup, redoutant, de ressembler à Haïti ou Sainte Lucie, c’est à dire vivre dans la pauvreté, la violence et la misère.
 
Bien au contraire, ces Martiniquais «créoles»  entendent rester pour l’instant, dans le giron de l’Etat français et ont plutôt tendance à se battre afin qu’il y ait une application effective certaines lois, dont celle de la continuité territoriale, la démocratisation de l’Internet, la baisse des prix des communications téléphoniques entre l’île la métropole. D’autres se battent pour que la Martinique au sein de la République française ne soit pas un territoire tenu à l’écart.

En revanche, ce qui est nouveau, c’est cette volonté de se tourner désormais un peu plus vers la Caraïbe, qui est  notre espace géographique le plus naturel, plutôt que vers la France systématiquement. Il est vrai que cette ouverture ne peut que se faire dans le cadre de la départementalisation puisque la Martinique n’étant pas indépendante.

Sinon, les Martiniquais de Martinique sont confrontés eux aussi au problème du chômage à l’instar de ceux qui vivent en France. Ils sont confrontés aussi à la lutte pour la sauvegarde de leurs emplois comme ceux d’ailleurs. La différence en la matière, est le sentiment qu’on certains, à juste titre, qu’on ne leurs donne pas la chance  d’exprimer pleinement leurs compétences professionnelles. Quand certains étudiants diplômés rentrent pour travailler chez eux, la plupart du temps ils sont, soient obligés de repartir s’ils veulent travailler dans leur secteur d’activité, soient d’accepter des emplois n’ayant rien à voir avec ce pourquoi ils ont été formés.
 
Dans le lot combien y a t’il de chercheurs, de techniciens supérieurs, d’ingénieurs, d’informaticiens … ? Bref, autant de forces vives dont se prive la Martinique et qui vont grossir malgré elles, les rangs de la diaspora. Une fois immigrés, ils se retrouvent confrontés au fameux  problème d’intégration professionnelle dans l’hexagone  français. Ainsi contrairement, aux propos de R .Confiant les volontés ne manquent pas en la matière, elles sont simplement éjectées de facto du circuit professionnel pour des raisons liées au marché local de l’emploi et aussi de certaines pesanteurs qui font qu’on leur préfère des occidentaux.

Si des postes importants sont occupés par des zoreys, c’est qu’on les choisit délibérément au détriment des matières grises martiniquaises. Cet état de fait nous amène à nous interroger sur le regard que les uns portent sur les autres et sur leur compréhension réciproque.

On peut d’ors et déjà affirmer que les Martiniquais  vivant sur place et leurs compatriotes immigrés ne forment pas deux entités distinctes, ancrées dans une réalité figée.
 
Il y a un  phénomène migratoire  qui est sans cesse renouvelé et dans les deux sens. On observe  en effet,  que des Martiniquais nés en France qui viennent vivre en Martinique, tout comme des Martiniquais nés dans l’île qui partent travailler en France, ou qui réussissent à un concours de la fonction publique se retrouvent de l’autre coté.

Ces migrations alternatives ce font même au sein des familles qui ont fait souche, des  enfants de ces familles, dans un soucis de se rapprocher de leur racines  vont vivre  en Martinique, pour des raisons qui leurs sont personnelles ou affinités diverses.

Ainsi les regards portés les uns sur les  autres sont  très particuliers.

Il n’est pas rare que certains immigrés portent sur leur île, un regard un peu « bobo ». Ils se représentent leur pays comme une sorte d’Eden. Ils ne sont pas conscients des difficultés que rencontrent ceux vivant sur place. Cela s’explique en grande partie par un manque d’informations. Les grands médias nationaux, ne relaient guère l’actualité des DOM ou sinon très peu. Il y en a qui tentent de compenser en allant glaner sur le net quelques informations, mais toute la population des Dom n’a soit pas accès au net ou simplement les plus vieux sont encore  réfractaires à cet outils d’informations.

Par ailleurs, ces Martiniquais ayant été au fait des mœurs et coutumes de la société française, ont parfois tendance à juger  leurs compatriotes insulaires avec une toute autre grille de lecture. Cela génère obligatoirement  une incompréhension. Ce que  reproche les Martiniquais de l’île à l’autre  partie de la communauté et quand survient un problème social majeur comme une forte grève  par exemple, au reproche s’ajoute un sentiment d’être abandonné de tous y compris des "domiens". Cette focalisation sur eux même, qu’on les Martiniquais insulaires les rend moins réceptifs aussi aux soucis auxquels doivent faire face leurs compatriotes immigrés.

Ainsi la fameuse marche de mai 1998, qui a vu défiler 40 000 Antillais  dans les rues de Paris, n’a guère été comprise en Martinique. L’information dans l’île d’un tel évènement a d’ailleurs été minime et ceux qui l’ont su, ont vu cela comme un phénomène ahurissant. La démarche ainsi que ses implications n’ont pas été comprises en Martinique.

Pour conclure, on peut dire que quelque soit le lieu où vivent les martiniquais, en France, en Martinique ou ailleurs, il est indéniable qu’ils ont tous des revendications qui dans le fond ne sont pas si dissemblables que cela.
 
En  effet, dans leur grande majorité les Martiniquais refusent d’être niés une fois de plus dans leurs droits. Ils aspirent, non plus à vivre tant bien que mal, mais à exister en tant qu’individu à part entière, avec les mêmes droits et devoirs de n’importe quel autre français. Certes le contexte dans lequel ils évoluent donne à leurs revendications des formes et des axes liés à leur cadre de vie. Mais dans l’ensemble les Martiniquais ont relevés la tête pour se mobiliser. Penser que ceux qui sont dans la diaspora et ceux qui vivent dans l’île constituent deux mondes cloisonnés et hermétiques est une aberration, tout comme penser que parce que l’on vit ailleurs que l’on cesse d’être Martiniquais, car comme dit John Dos Passos  « vous pouvez arracher l’homme du pays mais vous ne pouvez pas arracher le pays du cœur de l’homme ». Reste maintenant à mettre en place une sorte de syntaxe commune afin que les uns et les autres se comprennent et se soutiennent mutuellement, ce qui inévitablement nous grandira.

Emmanuelle Deschè

27/06/06
par zephyrin
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