LES COULEURS TROPICALES DU SPORT FRANÇAIS

Publié le par zephyrin

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L’été 2006 s’annonçait particulièrement sportif, richement pourvu de grands rendez-vous tels que : le Mondial de football, le tour de France cycliste, les championnats d’Europe de natation, d’athlétisme, les mondiaux de basket ….

A cette perspective certains amateurs s’en réjouissaient  par avance, prêts à vivre des moments d’émotions. Ils se sont attelés à leurs préparatifs avec ardeur, en prenant grand soin  de s’équiper d’appareils adéquats, afin de ne rien  perdre de leurs évènements sportifs.

A contrario, ceux que le sport ne passionne guère étaient  indifférents à toute cette agitation et au lieu de crier « halte à cette overdose sportive télévisuelle à venir », ils ont plutôt relativisé cette abondance sportive  inhabituelle, s’amusant parfois de l’attitude des passionnés.

En revanche, contre toute attente, une voix discordante émanant d’un intellectuel français, a jeté le glas en stigmatisant la composition négroïde de l’équipe de France de football, la qualifiant de « black-black-black » et la traitant de « risible ». Ce faisant il a créé une séparation de couleur dans le sport tricolore dans son ensemble, comme si il y avait d’un coté les sportifs français et de l’autre les sportifs  noirs, ces derniers estima t’il étant bien trop nombreux. De tels dires laissaient sous-entendre que seuls les sportifs de couleur noire seraient responsables des  résultats qui à n’en point douter s’annonçaient médiocres.

Dans cette mise en accusation les sportifs antillais ont été particulièrement pointés du doigt. Alors qu’en a t’il été exactement des performances sportives françaises de cet été 2006 ? Ces résultats ont-ils pâti de la participation aux différentes sélections de ces sportifs noirs dont ceux issus en particuliers des Antilles ?

Les réjouissances sportives ont débutées dès la dernière semaine du  mois de mai, par les internationaux de tennis de Rolland Garros, où le jeune guadeloupéen Gaël Monfils, tête de série numéro 25, a de l’avis général, a fait vibrer le court Suzanne Lenglen  . Le jeune prodige  a disputé un match d’anthologie, comptant pour le troisième tour face à l’américain James Blake, tête de série numéro 8. Son attitude de conquérant et de battant a séduit les foules .En effet, lors du dernier set, presque à chaque point qu’il gagnait c’est un poing rageur qu’il levait au ciel après l’avoir cogné sur sa poitrine. Une posture de lion qui a rallié le public à sa cause.  Il a remporté son match en quatre sets 2/6-7/6-6/7-7/5. En revanche il  a laissé des forces dans cette bataille car il s’est incliné au tour suivant en 3 sets (6/7-6/7-3/6) face à Novak Djokovic mais après avoir chèrement vendu sa peau.

 

Les petites balles de la porte d’Auteuil ont a peine été rangées, que le 9 juin,  commençait la grande messe planétaire qui tous les quatre ans rassemble des millions de spectateurs dans le monde, à savoir la Coupe du monde de football .C’est sur le sol européen, en Allemagne, que c’est tenu cette année le Mondial de foot, où 32 sélections nationales ont défendue les couleurs de leur drapeau.

 

Les Bleus, l’équipe de France, ont été composés par ceux que le sélectionneur national, Raymond Domenech, a jugé et évalué comme étant les meilleurs joueurs à leur poste respectifs. Ce qui est le principe de toute sélection. Pour cette édition l’équipe des bleus était constituée en majorité de footballeurs noirs, soit un total de quinze sur les vingt quatre appelés.

 

Les joueurs antillais pour leur part étaient au nombre de huit avec entre autre le guyanais Florent Malouda, les guadeloupéens Lilian Thuram, William Gallas, Michael Sylvestre  et les martiniquais Eric Abidal, Thierry Henry, Sylvain Wiltord, Jean-Alain Boumsong.

 

Cette équipe avant et pendant le mondial a été fortement fustigée. Décriée, elle a été tantôt jugée vieillissante, tantôt soupçonnée d’être mal entraînée,  tantôt accusée d’être constitué de joueurs stars surpayés et fainéants, mais le plus choquant ont été les propos racistes dont elle été l’objet. Certaines personnes au travers de forums sur le net ou  sur les ondes FM se sont laissées aller sans complexe à  des propos xénophobes .Au point que certains antillais vivant en France, ont eut le sentiment d’être rejetés, car ces discours ouvertement négrophobes leur donnaient le sentiment, qu’en définitive, sur le terrain on ne considérait plus que c’était l’équipe de France qui jouait, mais une équipe  des Antilles, flanquée de comparses originaires d’Afrique.   

 

Finalement,  comme une sorte de  pied de nez, ces bleus sur lesquels pas grand monde ne misait un euro au départ,  sont tout de même arrivés en finale et ne se sont inclinés face à la squadra azura, l’Italie, qu’a l‘issue d’une fatidique séance de tirs aux buts. En dépit de la défaite, une majorité de spécialistes de part le monde, reconnaissent au final que l’équipe de France était une bonne équipe. De même,  par exemple Lilian  Thuram  est considéré à ce jour comme étant le meilleur défenseur au monde. Ce résultat inattendu a  fait taire de lui-même les voix extrémistes.

 

Après le ballon rond ce sont les forçats de la route qui ont montré la qualité de leur coup de pédale au Tour de France. Seulement en dehors d’un ardoisier point de cyclistes noirs dans le peloton. Nos cyclistes antillais ont pu exprimer leurs talents lors des tours de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane.

<>Puis, comme en réponse à la vague caniculaire qui a sévit sur une partie de l’Europe, c’est dans les bassins de la piscine olympique de Budapest que les meilleurs nageurs européens nous  conviaient à suivre leurs coulées. Durant ces championnats d’Europe de natation, la France a brillé avec treize médailles, dont plusieurs remportées  par Laure Manaudou. Nous  avons aussi pu voir le retour à la compétition de celle qui est surnommée  « magique Malia »,  la jeune nageuse guyanaise Malia Métélla. Cette dernière a été entravée dans  sa préparation par de graves pépins de santé.   

La jeune nageuse guyanaise n’étant pas encore au mieux de sa forme physique, n’a certes pas décroché de médaille individuelle, mais elle s’est tout de même hissée en finale du 50 mètres nage libre dame. Elle a terminée à une encourageante quatrième place et a sa sortie du bassin c’est une Malia souriante, qui déclarait aux micros de France-télévision, être déjà en train de se projeter vers les mondiaux de l’année prochaine qui auront lieu en Australie .Une compétition  qu’elle envisage avant tout comme une étape préparatoire en vue des JO 2008 de Pékin.

 

Au début du mois d’Août, cela a été autour des athlètes de faire chauffer le tour de piste aux championnats d’Europe d’athlétisme de Goetborg en Suède.

 

Le camp français est reparti de Suède auréolé de huit médailles : quatre d’or, une d’argent et trois de bronze. A cette occasion les Antilles ont été chaleureusement remerciées, car les athlètes originaires des DOM de  la Caraïbe sont nombreux et permettent  à la France de figurer à certaines épreuves. De part leur dynamisme et leurs résultats, ils contribuent au fait que  l’athlétisme français puisse exister sur la scène sportive internationale.

La  moisson de médaille de cette année a été presque exclusivement masculine.

Les deux championnes que sont les guadeloupéennes Muriel Hurtis et Christine Aron n’ont pas pu être en position de jouer leur rôle de leader. Muriel Hurtis qui a concourue, fait son retour à la compétition après sa grossesse. Christine Aron quant à elle s’est blessée juste avant le début des championnats. Cette année nous avons pu découvrir de nouveaux talents du sprint féminin : tout d’abord  au 100 mètres haie avec Adriana Lamalle, puis au 200 mètres avec Fabienne Beret –Martinel et enfin au 400 mètres avec Phara Anarcharsis.

 

Adriana Lamalle a été finaliste du 100 métres haies, Fabienne Beret-Martinel a pour sa part été disqualifiée lors de sa demi finale du 200, sur décisions arbitrales quelques peu bizarres et les réclamations déposées par la fédération française d’athlétisme n’y ont rien changées. Phara Anarchasis quant à elle s’est arrêtée en série avec un temps de  7’53’’43.

 

C’est trois jeunes pétillantes martiniquaises font partie de la relève du sprint français féminin. Adriana Lamalle et Fabienne Beret -Martinel ont fait preuve d’originalité en courant avec des bandeaux sur lesquels figurait la carte de la Martinique. Cela a été perçut avec sympathie et a aussi fait au passage une belle publicité pour l’île.

 

Chez les hommes, l’homme de ces championnats est sans nul doute celui que les journalistes appèlent « le grand blond », en raison de sa teinture de cheveux couleur or, Marc Raquil. Du reste, c’est de l’or qu’il été cherché avec ses grandes jambes dans sa course de retour au 400 mètres en un temps de 1’45’’02. Son  finish atypique est en quelque sorte sa marque de fabrique, où étant en retard, il remonte un à un ses adversaires jusqu'à la ligne d’arrivée.  C’est aussi de l’or qu’il a été décroché a l’issue de son dernier relais lors de la finale du relais 4 fois 400 mètres.

 

Le relais 4 fois 100 mètre hommes a été lui aussi médaillé. Constitué entre autre de trois Martiniquais : Ronald Pognon, David Alerte et Eddy de Lépine ce relais complété par Oudéré Kankarafou a été cherché le bronze en finale. Avec ces jeunes athlètes,  le sprint français est en pleine renaissance après la décennie des années 1990 marquée par la gazelle Marie-José Pérec et la fameuse team : Max  Morinière, Daniel Sangouma, Bruno Marie-Rose et Jean-Charles Trouabal qui avait soufflé le record du monde aux américains emmenés par Carl Lewis.

 

Après le dernier tour de piste suédois ce sont les parquets de Saitama au japon qui nous ont offert les dernières sensations sportives de l’été avec les Mondiaux de basket-ball.

 

L’équipe de France de basket dirigée par Claude Bergeaud compte en ses rangs 5 joueurs originaires des Antilles dont trois qui jouent dans le prestigieux championnat américain NBA. Il s’agit du martiniquais Ronny Thuriaf, des guadeloupéens Michael Piétrus et  Johan Pétro .Outre ces joueurs NBA il avait aussi le nouvellement drafté en NBA, Michael Gelabal ainsi que  l’autre frère Piétrus (Florent).

 

Cette équipe en pleine construction avant l’entame du tournoi, a été amputée de son meneur de jeu vedette, double champion NBA, Tony Parker qui s’est blessé à la main lors des derniers entraînements de préparation.

 

Néanmoins, les joueurs français sont parvenus en quart de finale  où ils se sont inclinés face à la Grèce, récente championne d’Europe en titre et contre laquelle la France avait déjà été défaite. En revanche, l’équipe de France s’est adjugée brillamment la cinquième place du tournois, après avoir écartée sur sa route de la finale pour la cinquième place une équipe d’Allemagne emmenée par un Dirk Nowtzky des grands soirs auteur de 29 points.

 

Enfin, c’est comme il a commencé que s’achève cet été hautement sportif, c'est-à-dire avec les bruits des petites  balles jaunes de tennis à l’occasion de la dernière levée du grand chelem, l’Us open de Flushing Meadows aux Etats-Unis.

 

Comme à Rolland Garros, Gaël Monfils nous a  livré des émotions fortes par un début de tournois épique. En effet, la tête de série numéro 27, a disputé  son premier match à la force de son mental car c’est diminué par des douleurs aux  deux pieds qu’il s’est présenté face à l’américain Michael Russel. Match qu’il remporté en quatre sets : 6/2-3/6-7/5-7/6 (7/4).  

 

Malheureusement s’est exploits n’ont pas été plus loin, battu au tour suivant en quatre sets 4/6-6/2-2/6-7/6 par Westley Moodie.

Ainsi s’achève ce programme sportif de l’été 2006 qui a été très dense.

 

Dans l’ensemble le bilan sportif français est loin d’être médiocre contrairement à ce qui était annoncé. Les sportifs de couleur noire sont  loin d’avoir  démérité. Quant à ceux d’origine antillaise qui avaient été montré du doigt, ils  ont su démontrer leur professionnalisme a l’instar d’un Thuram  sans reproche, leur talent tel un Marc Raquil doublement en or, leur vaillance représenté par une Malia Métélla combattante, leur compétitivité chevillée aux baskets d’un époustouflant Flo Piétrus par exemple et leur fougue incarné par un Gaël Monfils émouvant.

<>Nous sommes passés en fin de compte, d’une équipe de foot « black-black-black », « risible », ou les pensées les plus négrophobes se sont exprimées au grand jour, aux remerciements quasi unanimes en fin d’été de la presse sportive, à la contribution des Antilles au sport français,  qui par ses couleurs tropicales permet au sport français de se hisser aux firmament de la gloire. 
  Emmanuelle Deschè

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