ART ET SPECTACLE

Publié le par zephyrin

Les 60 ans de l’Institut français d’Haïti en lettres capitales (par Dominique Batraville)

«L’Institut français d’Haïti (IFH) fêtera le 7 décembre ses 60 ans », a affirmé en substance le 29 septembre Michel Igout, conseiller culturel de l’ambassade de France.

Il intervenait lors d’un point de presse, tenu au siège principal de ce centre culturel, situé à la rue Lamartinière (Port-au-Prince).

Depuis quelques mois déjà, les activités des 60 ans de l’IFH ont été lancées. Conférences, concerts, spectacles de danse, représentations théâtrales, projections cinématographiques ont mis les amis de l’institut dans l’ambiance de ce soixantième anniversaire. Le chanteur haïtien Beethova Obas, le jazzman antillais Mario Canonge et l’écrivain franco-haïtien René Depestre ont retenu - lors de leur dernier passage en Haïti - l’attention de plusieurs centaines de spectateurs, assoiffés de bonnes soirées culturelles.

Michel Igout, historien de formation, a rappelé le contexte dans lequel l’IFH, a été créé : « La dernière visite que je vais signaler c’est celle du mois de mars 1945. C’est la visite fondatrice du docteur Pasteur Valérie Landeau, petit-fils de Louis Pasteur, membre de l’Académie française, envoyé par de Gaulle. Le Général lui a dit : « Vous partez à Port-au-Prince, Vous emmenez des scientifiques, vous emmenez des spécialistes en théologie, vous emmenez des spécialistes de sciences humaines, vous emmenez des philosophes, des mathématiciens et vous allez voir comment nous pourrons aider nos amis haïtiens qui ont toujours été en contact avec nous pendant la guerre…»

M. Igout a ajouté « Et donc Pasteur Valérie Landeau, muni de cette mission de Gaulle, débarque en mars 1945 à Port-au-Prince et il dit aux Port-au-Princiens : « Je viens pour préparer un accord culturel que le général de Gaulle souhaite nourrir avec notre pays ». C’est à partir de cet accord que Pasteur Valérie Landeau arrive en mars 1945, il rentre à Paris une semaine plus tard et en septembre1945 sortira le fameux accord qui a été signé le 24 Septembre. Et puis, le 7 Décembre, trois mois plus tard, l’Institut français d’Haïti avait pris naissance ». Ainsi, Pierre Mabille, médecin français avait pris la direction de l’IFH pendant trois mois assez intenses, puisque liés à la venue du poète surréaliste français André Breton, accompagné du célèbre peintre cubain Wilfredo Lam.

L’Institut français d’Haïti constitue le lieu de passage des grandes innovations littéraires, artistiques et cinématographiques de notre inter-monde : créolité, nouveau roman, spiralisme, rotation artistique, réalisme merveilleux, surréalisme, l’art naïf, peinture Saint-soleil. Les empreintes d’une nouvelle esthétique culturelle haïtienne sont aussi présentes à l’IFH. Il suffit de penser à Sergine André, Mario Benjamin, Harold Dessalines ou encore Gary Chanel, lauréat en deux fois du concours Connaître les jeunes peintres.

L’art s’enseigne aussi à l’IFH. Le metteur en scène Jean Pierre Barnier tout comme Jean Pierre Miccolo, Maurice Levêque et l’historien de l’art Michel Philippe Lerebours, y ont laissé des traces tangibles. Les chorégraphes Jeanguy Saintus, Jean René Delsoin ont initié une nouvelle approche de la danse en Haïti au Bicentenaire. Le chanteur sacré James Germain s’est révélé aussi au public haïtien à l’IFH.

La vie à l’Institut se déroule aussi dans les salles de cours de français. Des professeurs du terroir et hexagonaux sont présents tous les jours ouvrables pour faciliter l’acquisition du français oral ou commercial à des étudiants, enseignants et employés d’entreprises haïtiennes. Trop habitués au français livresque enseigné dans les écoles haïtiennes, des centaines de cadres s’intéressent à la maîtrise du français oral. Agrémentés d’exercices pratiques, ces cours permettent la maternisation à posteriori de la langue française.

L’historien Roger Gaillard salue ainsi la mémoire du premier directeur de l’Institut français :« Pierre Mabille, durant les dernières années de la guerre et presque tout le « règne » de Lescot, fut peut-être la personnalité étrangère la plus connue et la plus intellectuellement recherchée de Port-au-Prince.

A l'époque, nos relations avec la France ne passaient évidemment pas par Paris, soumis à l'occupation allemande. Mais nous entretenions des rapports avec les agences officielles de la France librement siégeant à Washington. Des liens personnels aussi se tissaient dans la capitale américaine entre de hautes figures de nos deux pays, diplomates de deux nationalités, hommes d'étude, brillants représentants de confessions libérales… Pierre Mabille faisait partie de cette catégorie. Engagé auprès du général de Gaulle, médecin de haute formation scientifique, écrivain fort connu dans les milieux littéraires et parmi les peintres d'avant-garde, il était un ami proche d'André Breton, du Cubain Wilfredo Lam et de l'Haïtien Jacques Roumain qu'il rencontra et soigna à Mexico, me rappelle René Bélance.. »

Pierre Mabille - pour raisons encore inavouables - a été déclaré « persona non grata » par les autorités haïtiennes, au lendemain de la révolution de janvier 1946. Aujourd'hui, Paul-Elie Lévy, directeur de l'IFH, a la lourde tache de poursuivre la voie tracée par Pierre Mabille, Jacques Barros, André Haize, Patrick Pautonnier et les autres.

Dominique Batraville

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Publié dans negmawon

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