Mercredi 7 mai 2008

 


  Claudette DUHAMEL

Dans la capitale de la Martinique la nouvelle équipe municipale a instauré il y a quelques années une pratique bien curieuse : celle de commémorer le 22 mé date de la révolution anti esclavagiste en compagnie des grands békés de la Martinique c’est-à-dire des descendants des esclavagistes constitués en une caste raciste et endogame.

Cette pratique se ferait nous a-t-on dit au nom de la réconciliation.

Certes, mais cela signifierait qu’il y a eu au préalable des conciliabules et qu’au minimum les membres de la caste béké aient reconnu publiquement que leur ancêtres européo descendants ont commis plusieurs siècles durant, des actes odieux, ignobles, affreux, bref, des crimes contre l’humanité à l’encontre de nos ancêtres afro descendants.

Or il n’en est rien ! Ces békés qui sont aux premières loges, à coté du maire de la capitale et occupent donc les places d’honneur lors des cérémonies du 22 mé n’ont rien reconnu du tout !

Leur porte parole le sieur Roger De Jaham est venu sur les ondes d’une télévision pour dire qu’il n’était pas question pour eux de faire acte de repentance mais que lui Roger De Jaham avait brusquement pris conscience de ce que l’esclavage avait été un moment terrible douloureux de l’histoire etc. etc.…

C’est donc bien cette simple et banale prise de conscience qui a valu aux békés d’être mieux installés que les afro descendants dans toutes les commémorations de la capitale pour gloryé les luttes de nos ancêtres.

Et ces européo descendants continuent tranquillement au sein de leur caste, de vivre du produit des crimes contre de l’humanité commis par leur ancêtres qu’ils continuent d’honorer au travers diverses manifestations où les nègres ne sont bien évidemment pas invités.

Seuls les quelques mécréants qui parlent et marchent pour la réparation ont l’heur de les inquiéter un peu. Alors ils profitent justement de leur participation aux manifestations de l’édilité foyalaise pour diffamer ces trublions, les traitant de racistes, les accusant de faire appel à la haine raciale le tout dans le silence complice des « élites » compradores et bien sûr avec la bénédiction des juridictions françaises garantes de leur constante impunité.

Messieurs, vos insultes nous importent peu.

Nous n’exigeons de personne qu’elle fasse acte de repentance. La repentance qui repose sur l’humanité et l’amour du prochain est un sentiment qui ne peut s’imposer.

Toujours soumis à l’arbitraire colonial, privé de toute liberté politique et d’existence, nous exigeons la Réparation c’est-à-dire la restauration pleine et entière dans nos droits d’êtres humains libres.

Comme nous y invite le poète nous avançons ! Et si notre marche pour la liberté fait voler en éclats votre petite caste endogène et raciste alors tant mieux pour nous tous !

Le 1er mai 2008
par zephyrin publié dans : negmawon
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Jeudi 1 mai 2008

 


Depuis quelque temps, sous la houlette de l’historien français Olivier Pétré-Grenouilleau, un vaste mouvement de réécriture du phénomène de l’esclavage est en cours. On sait la polémique qu’avait entraîné les thèses défendues par ce dernier et par quelques porteurs d’eau africains et antillais, notamment la principale d’entre elle, à savoir que l’esclavage arabo-musulman fut pire, ou en tout cas plus important, que l’esclavage atlantique pratiqué par les Européens. Il s’agissait là, ni plus ni moins, que d’un retour à de vieilles thèses relativistes datant du début du XXe siècle qui mettaient sur le même plan esclavage antique (Grèce, Rome etc.), servage asiatique, esclavage arabo-musulman et esclavage euro-atlantique. Il s’agissait, plus profondément, de nier la spécificité de l’esclavage euro-atlantique en la ramenant à une forme d’asservissement de l’homme par l’homme comme une autre, alors que justement cet esclavage a nié la qualité d’être humain à l’Africain déporté. Pire : il a engendré tout un ensemble de théories racistes visant à classer les « races humaines » et plaçant la noire tout au bas de l’échelle. Par comparaison, l’esclavage arabo-musulman n’avait rien de racial puisqu’il mettait dans les fers aussi bien les Africains noirs que les Européens. Il y eut ainsi plus d’un million d’esclaves « blancs » en Afrique du Nord au cours des Xe et XIe  siècles et, par exemple, Cervantès, le célèbre auteur de « Don Quichotte », fut capturé par les Barbaresques et mena trois ans durant une vie d’esclave à Alger.

Comment donc ne pas voir la spécificité de l’esclavage euro-atlantique, son caractère inouï, profondément scandaleux ? Et ici, Christiane Taubira a eu parfaitement raison, au moment de la rédaction de la loi qui porte son nom, de refuser d’écouter les sirènes qui lui demandaient de l’étendre à « toutes les formes d’esclavage ». S’il est évident qu’il y a des éléments commun à toutes les formes d’asservissement qui se sont produites au cours de l’histoire humaine, et cela à travers toute la planète, il n’en demeure pas moins que l’esclavage euro-atlantique est le seul qui ait rejeté l’asservi dans la pure animalité.


Dans le sillage du relativisme Pétré-Grenouillesque s’est greffé plus récemment un courant beaucoup plus néfaste que l’on peut qualifier sans détour de « courant négationniste ». En clair, il s’agit pour ces pseudo-historiens, martiniquais et surtout guadeloupéens, de nier le caractère profondément inhumain de la plantation esclavagiste, de replacer « dans leur contexte », comme ils disent, les atrocités et les abominations commises par les colons européens et finalement de banaliser ce qu’aux Etats-Unis, on appelait à juste raison « l’institution particulière ». Il est effarant de constater que ce sont des Antillais, auto-proclamés historiens, qui s’attèlent à cette tâche ignoble qui, s’agissant d’autres « crimes contre l’humanité », leur aurait valu convocation immédiate devant les tribunaux. Auto-proclamés parce qu’il faut se garder de confondre « enseigner l’histoire » et « faire de l’histoire », exactement comme personne ne confond  « enseigner la littérature » avec « faire de la littérature ». En effet, il ne suffit pas de passer des heures ou des jours entiers aux archives, d’en extraire tel ou tel document que l’on commentera par la suite dans un article ou un livre, pour s’arroger du titre d’historien. Un historien, comme un écrivain, doit avoir une théorie. Une théorie de l’histoire. Avant de nous brandir triomphalement telle découverte dans telle archive ou d’asséner des arguments d’autorité, il doit expliciter ses présupposés théoriques et indiquer clairement dans quel cadre de pensée il situe son travail. De même, un écrivain qui n’a pas au départ une théorie de l’écriture n’est qu’un littérateur.

 

EPISTEMOLGIE ADAPTEE

 

En fait, quand on compare, le fonctionnement des différentes Sciences Humaines aux Antilles, on se rend compte que l’histoire__en particulier, celle pratiquée par les négationistes__est la seule à n’avoir pas fait l’effort de réfléchir à une épistémologie adaptée à nos particularités. La seule à n’avoir pas ressenti le besoin de proposer de nouveaux concepts opératoires. Tant en linguistique, qu’en analyse littéraire, en anthropologie et sociologie, ou encore en économie, nos spécialistes se sont attelés, depuis au moins trois décennies, à produire un savoir fondé non pas seulement sur les principes généraux de leur discipline tels qu’ils sont généralement en usage en Europe ou en Amérique du Nord, mais aussi sur de nouveaux découpages du réel, du réel antillais s’entend, de nouvelles manières de conceptualiser ce dernier.


Ainsi, en analyse littéraire, aucun chercheur antillais ne se contente de se référer seulement à Roland Barthes, Gérard Genette ou quelques autres autorités occidentales en la matière. Il dispose désormais de tout un appareillage conceptuel forgé pour la littérature antillaise et sa spécificité. Ainsi le concept de « diglossie littéraire », concept central, fondamental, à partir duquel vont s’articuler ceux de « langue indigène du récit », « procuration linguistique », « surconscience linguistique », « souveraineté littéraire » et bien d’autres. Mieux, une véritable transversalité s’est instaurée entre les quatre disciplines susnommées lesquelles non seulement puisent dans l’une ou l’autre selon les besoins, mais travaillent autour du même concept : par exemple, celui de « créolisation », lui aussi fondamental.


Il n’y a que l’histoire à être demeurée à l’écart de ce recentrage épistémologique et à continuer à nous asséner, imperturbablement des choses du genre « Le 12 février 1840, le gouverneur Untel a décrété ceci… » ou « A la fin du 19è siècle, les ouvriers agricoles entamèrent des grèves… ». A continuer, ce qui est tout aussi grave, à ignorer l’apport théorique de l’anthropologie antillaise ou de l’analyse littéraire antillaise, disciplines auxquelles nos historiens ne font qu’allusion sans qu’on comprenne bien comment lesdites allusions s’articulent à leurs démonstrations.

 

Nous posons donc la question : où est l’épistémologie des sciences historiques adaptée à notre réalité ? Quels en sont les concepts opératoires ?


Parmi, tous ces prétendus historiens, le plus inconsistant théoriquement, celui chez qui, malgré beaucoup d’esbroufe, on dénote la plus grande vacuité conceptuelle n’est autre que le dénommé Frédéric Régent.

ARCHIVE SYMBOLIQUE

Quelle est donc la théorie, quelles sont les théories sur lesquelles s’appuient les Antillais et Africains qui grenouillent dans le sillage de Pétré-Grenouilleau ? Aucune ! Or, s’agissant des pays colonisés, en particulier ceux où l’écriture était du seul ressort du maître ou du colon (ce qui ne fut pas le cas de l’Asie ou du monde arabe où malgré la domination coloniale, les indigènes purent conserver une certaine maîtrise de l’écrit dans leur propre langue), il y a une véritable critique des archives à opérer. Il y a à réfléchir à la notion même d’archive. D’abord, on note que celle-ci n’émane que du maître et de lui seul ; ensuite, il apparaît que ce qui est archivé ne visait qu’à asseoir le pouvoir du maître et était donc souvent délibérément tronqué ou manipulé. Chiffres, listes, notations diverses, actes juridiques parfois, tout ce qui est de la main du colon ou de l’Etat colonial est suspect ou, en tout cas, doit être interrogé. Enfin, nos petits Pétré-Grenouilleau locaux font carrément l’impasse sur ce que Dany Bébel-Gisler appelait dans « Le Créole, force jugulée (L’Harmattan, 1972) « l’archive symbolique » de notre culture à savoir le créole et toutes les productions orales dans cette langue (contes, récits familiaux, proverbes, chants de travail etc.). Ils font donc abstraction de l’esclave, du vécu de l’esclave. En ne fondant leur propos que sur l’écrit du maître blanc, ils font comme si l’esclave noir était demeuré les bras croisés et n’avait pas, au cœur même de l’effroyable, recréé une nouvelle culture, un nouveau rapport au monde. Pour ces messieurs, l’esclave n’écrit pas donc il n’a rien à dire !

Au-delà de l’absence de toute réflexion théorique, ce qui est plus scandaleux chez eux, c’est qu’en s’employant à minimiser les atrocités de la période esclavagiste, ils poursuivent en réalité un autre but, un but soigneusement dissimulé, masqué : montrer qu’en dépit de tout ce que nous a fait subir la puissance coloniale, nous pouvons aujourd’hui continuer à vivre en son sein car grâce à de grands hommes, de grands humanistes émanant de cette même puissance, nous avons pu recouvrer notre dignité d’homme et manger à la même table que nos anciens maîtres. Ce négationnisme est donc une forme de néo-assimilationnisme. Il vise à brouiller les cartes et à nous faire perdre de vue, ce qu’Aimé Césaire a nommé « le génocide par substitution ». Le négationnisme de ces pseudo-historiens, dont certains ont vainement tenté d’entrer à l’Université, sert en fait le phénomène de caldochisation, c’est-à-dire le remplacement des Antillais à tous les postes de responsabilité par des gens venus d’ailleurs. En donnant des gages aux Caldoches, en relativisant l’esclavage, en se faisant les porteurs d’eau des Pétré-Grenouilleau et autres, ils espèrent telle ou telle gratification : poste de directeur de telle institution ou tel organisme de l’Etat français, petit chef de ceci ou de cela, invité systématique des plateaux-télés coloniaux etc.

Tous ceux qui ont la nation martiniquaise ou guadeloupéenne chevillée au corps se doivent de combattre avec la dernière énergie les négationnistes car ces derniers, en répandant leur discours mensongers dans l’esprit de nos élèves et de nos étudiants, sont en fait à la pointe du combat pro-assimilation. Ils sont les nouveaux hussards de l’entreprise d’éradication de notre identité créole. Ils ne visent ni plus ni moins, en final de compte, qu’à prouver que, malgré l’esclavage, nous avions vocation à devenir de bons Français.

Historiens, ces gens-là ? Que non ! Agents du colonialisme français.


par zephyrin publié dans : negmawon
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Samedi 18 août 2007

 

mairie.jpgDe l’annexe du traité portant rétrocession de l’île de Saint-Barthélemy par la Suède à la France, signé à Paris le 31 octobre 1877, le C.L.E (Comité de Liaison Economique de Saint-Barthélemy) n’aura jusqu’ici retenu que la première partie de son Article 3 : « La France succède aux droits et obligations résultant de tous actes régulièrement faits par la couronne de Suède ou en son nom pour des objets d'intérêt public ou domanial concernant spécialement la colonie de Saint-Barthélemy et ses dépendances. »; et pour cause : c’est bien là que se trouve la justification du statut d’exonération fiscale dont doit jouir l’île par excellence.

C’est pourtant sur la deuxième partie de ce célébrissime Article 3 que se penche aujourd’hui le C.L.A.S.H (Comité de Liaison et d’Application des Sources Historiques) : « En conséquence, les papiers et documents de toute nature relatifs auxdits actes qui peuvent se trouver entre les mains de l'administration suédoise, aussi bien que les archives de la colonie, seront remis au gouvernement français. » auquel il conviendrait de rajouter l’ Article 4 de ce même protocole réglementant la rétrocession de l’île de Saint-Barthélemy à la France : « La reprise de possession de l'île de Saint-Barthélemy et de ses dépendances au nom de la France et la remise des titres et archives prévue par l'article précédent seront effectuées le plus tôt possible après l'échange des ratifications du Traité de rétrocession... »

Ainsi donc, le 16 mars 1878, les archives de l’administration suédoise de Saint-Barthélemy (1784-1878) furent remises à la France en même temps que l’île et laissées sur place. Nul ne pourrait donc nier l’importance de ces précieux documents, connus de la postérité sous l’appellation de « Fonds suédois de Saint-Barthélemy », mais dont l’histoire, fascinante et chaotique, qui va être rapportée ici, pourrait à terme voir près de la moitié de ces archives retourner poussière sans nous laisser plus de traces.

Dans le Journal officiel de la Guadeloupe en date du 11 septembre 1913, une ordonnance datée du 2 septembre fut publiée concernant les archives suédoises de Saint-Barthélemy : le gouverneur français, Emile Merwart, ayant visité l’île, avait constaté qu’aucun inventaire n’avait été fait des archives suédoises de Saint-Barthélemy. Il fut donc ordonné que celui-ci soit dressé et que les documents soient conservés à la mairie de Gustavia, dans des locaux fermant à clé. Une commission, désignée par le gouverneur de la Guadeloupe, fut chargée du travail. Il n’est pas sûr que ces instructions donnèrent lieu à un quelconque inventoriage : aucune trace écrite n’ayant par la suite été retrouvée; d’ailleurs le contraire eut été étonnant puisque ce fonds d’archives, particulièrement dense et complexe, contient des documents dans les trois langues : anglais, français et suédois.

 

Début 1932, le chef de l’autorité judiciaire de la Guadeloupe visita Saint-Barthélemy. Il fut très surpris d’apprendre que ce qu’il décrivait lui-même comme « les très importantes archives de l’ancienne administration suédoise » se trouvaient toujours à Gustavia. Dès son retour à Basse-Terre, il écrivit une lettre, datée du 11 février, au juge de paix de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, lui enjoignant de se mettre en rapport avec le maire de Saint-Barthélemy, le docteur Tara, pour faire en sorte que les archives suédoises soient transférées en Guadeloupe. Tout devrait être mis en œuvre pour cela, du fait de leur importance; et c’est ainsi que le 18 mars 1932, 8 caisses pour un total de 962 kg et  2 159 pieds cube furent embarquées à bord du vapeur Antilles en direction de la Guadeloupe. L’archiviste suédois Björn Lindh évoquera en 1974 la présence dans le volume n° 325 d’un registre provisoire datant de 1932 ; celui-ci aurait donc été établi à l’occasion de ce premier transfert.

Difficile de savoir avec exactitude ce qu’il advint dans un premier temps des documents qui auraient tout d’abord été entreposés dans une ancienne école; puis, lorsque le guyanais Felix Eboué fut nommé gouverneur de la Guadeloupe en 1936, son ami Léon Bassières, qui l’accompagnait lors son arrivée, eut la charge de s’occuper des archives présentes en Guadeloupe et c’est ainsi que ce dernier éditera une brochure concernant le fonds suédois en 1937. Les Archives de la Guadeloupe se voyant attribués les locaux d’une ancienne caserne après la deuxième guerre mondiale, c’est là, dans un des bâtiments en arrière de la préfecture de Basse-Terre que fut finalement stocké, on ne sait quand, le fonds suédois de Saint-Barthélemy. Malheureusement, en 1955, un court-circuit mit le feu au bâtiment. Les archives françaises furent sérieusement endommagées mais le fonds suédois échappa aux flammes, mais fût par contre victime de l’eau que projetèrent les pompiers afin de circonscrire l ‘incendie, puis, paraît-il, des cabris, qui se seraient délectés de quelques contrats de mariage ou autres ordonnances royales du 18ème siècle lorsque les documents furent éparpillés autour de la caserne pour les sécher à l’air libre. Une fois secs, les documents furent de nouveaux emballés, attachés et rangés non sans avoir subi au préalable une petite pulvérisation de dichlorodiphényltrichloroéthane pour les préserver des insectes, DDT qui finira par se durcir dans le temps et abîmer plus encore le papier fragile; il convient d’évoquer de même le taux d’humidité ambiante très élevé dans cette région du monde et qui n’aura probablement pas eu une action bénéfique dans des locaux dépourvus de toute aération. [ce qui fît écrire à l’amiRAL, grand spécialiste du détournement de fonds :  le Fonds suédois de Saint-Barthélemy a les mêmes ennemis que l'homme : le feu, l'humide, les bêtes, le temps...et son propre contenu." ( humour :o) )]

Lorsque le journaliste américain, d’origine suédoise, Rolf Lamborn embarque de Miami en février 1961, avec son épouse Florence, pour le Surinam, l’objet de leur étude est, pour quelques mois : les « Bush Negroes », descendants d’esclaves qui ont maronné vers les forêts intérieures fin 17ème  début 18ème siècle. Profitant de l’opportunité qui leur était offerte par les compagnies aériennes d’alors, ils ont programmé pas moins de 16 escales sur leur itinéraire à travers les îles antillaises. Leur voyage va pourtant s’arrêter dès leurs premières étapes, et pour longtemps, à cause d’une petite île oubliée de la Mer des Caraïbes. De Saint-Martin, M. Rémi de Haenen les déposa à Saint-Barthélemy où leur principal intérêt était de retrouver les traces de l’époque suédoise. Comme aux officiers des navires de guerre suédois de passage qui avaient précédemment posé la question sur demande expresse de leur autorité Il leur fût répondu en mairie qu’il ne restait rien ici et que les documents avaient été transférés en Guadeloupe mais qu’ ils avaient été détruit par un incendie soit qu’ils étaient de toute façon perdus. Lors de leur passage en Guadeloupe, il décidèrent quand même de mener leur petite enquête sur ces archives suédoises disparues; L’archiviste Maurice Nicholas, tout fraîchement débarqué de Martinique avec pour mission de remettre un peu d’ordre dans le chaos dans lequel se trouvaient les archives de Guadeloupe depuis plusieurs années, les conduira vers une grande salle sombre sans ouverture où naguère les soldats retrouvaient leurs lits de camp et  voilà donc comment, en 1961, les archives suédoises de Saint-Barthélemy allaient ressortir de l’ombre où elles étaient plongées depuis 1878, une épopée dont  le premier volet est retracé dans un article intitulé « The archives of Saint Bartholomew rediscovered » publié en janvier 1964 dans la revue The Swedish Pioneer signé Rolf K. Lamborn (décédé il y a une vingtaine d’année) et largement repris ici.

Les quelques 200 000 feuillets découverts dans les 265 liasses qui représentaient environ 23 mètres de linéaires  d’étagères n’étaient en réalité qu’une partie du fonds suédois de Saint-Barthélemy, car l’autre partie se trouvait encore…à Saint-Barthélemy. C’est le Père Le Gallo, à Vieux-Fort, qui mit les Lamborn sur cette voie : il avait officié 4 ans durant à Saint-Barth (il est notamment l’auteur d’un recensement par famille fait pour la paroisse de Lorient, de case en case, vers 1953) et il savait qu’un certain nombre de documents suédois se trouvaient non pas à la mairie mais dans le palais de justice, « one of the only two Swedish government buildings still preserved » comme l’a écrit Rolf Lamborn en 1963...Et c’est effectivement quelques 75 000 feuillets datant de l’époque suédoise qui seront retrouvés là, sous poussières et excréments de ravets, puis aussitôt expédiés en Guadeloupe en compagnie d’autres documents datant d’avant la période suédoise. La raison de cet « oubli » est fort simple : ces documents étaient sous la juridiction du juge et donc en dehors du contrôle de la municipalité; le juge, qui siégeait à Marigot (Saint-Martin), ne venait qu’exceptionnellement à Saint-barthélemy et n’aurait jamais vraiment porté attention à ce qui se trouvait dans son Palais de Justice.

Pendant de longues semaines, les archives suédoises ainsi réunies feront l’objet d’un premier classement : elles consisteront désormais en 327 liasses (dont 114 concernent les Procès-verbaux de Justice) contenant chacune de 800 à 1000 feuillets. Néanmoins Rolf Lamborn avoue qu’un important travail reste à faire avant qu’elles puissent faire l’objet d’un microfilmage. Les Archives Nationales de Suède, par la voix de leur directeur, le Dr Ingvar Andersson, exprimeront le souhait que celui-ci soit accompli et une subvention de 10 000 couronnes suédoises leur fut par ailleurs versée dans ce but par la fondation « Gustav VI Adolf 80’s birthday », aux noms de Rolf Lamborn et des Riksarkivet, le 27 mars 1963. Rolf Lamborn conclut alors qu’il espère que cette subvention sera complétée afin qu’il puisse assurer lui-même le microfilmage qui, selon lui, devrait prendre 8 mois et pour lequel il s’estime le mieux placé étant donnée sa bonne connaissance du fonds suédois de Saint-barthélemy. En vérité, le retour de M. Rolf lamborn aux Archives Départementales de la Guadeloupe n’est pas vraiment souhaité et d’ailleurs il n’eut jamais lieu : leur directeur jusqu’en 1994, M. Jean-Paul Hervieu, se souvient qu’à sa prise de fonction en 1964 son personnel n’avait pas une très grande estime des Lamborn ; M. Brändström est encore plus catégorique : des documents de grande valeur portant le sceau royal suédois auraient tout bonnement disparu et certains auraient même fait leur réapparition sur le marché noir ! C’est sans doute pourquoi, deux ans plus tard, rien n’aura encore été entrepris puisque dans l’édition n° 8 de la revue Arkiv, Samhälle och Forskning datée de 1965 le Dr Ingvar Andersson est l’auteur d’un article de 7 pages intitulé «Arkivalier från S:t Barthélemys svenka tid» [Les archives de la période suédoise de Saint-Barthélemy] dans lequel il exprime son espoir de voir un jour se présenter l’opportunité, en accord avec les Archives de France,  de la mise en oeuvre du microfilmage du fonds suédois.

Quitte à citer cet article du Dr Ingvar Andersson, basé sur ces échanges avec Rolf Lamborn et probablement aussi sa publication de 1964 « The archives of Saint Bartholomew rediscovered », il serait intéressant de faire remarquer qu’ils mentionnent tous deux Charles H. Robequain, qui a visité Saint-Barthélemy en Juillet-Août 1947 et qui a publié par la suite « Saint Barthélemy, terre française » (1949) pour expliquer que ce dernier avait recherché en vain, en Guadeloupe, le fonds suédois…Il se trouve cette petite note en bas de page 859 du chapitre consacré à Saint-Barthélemy dans le tome 2 de l’ouvrage « La Guadeloupe » par M. Guy Lasserre : « Aux Archives départementales de Basse-terre, existent de nombreuses liasses suédoises. Nous devons à M. Fortuné d’avoir pu les consulter en 1948, sans d’ailleurs pouvoir en tirer profit, par ignorance de la langue suédoise. Nous avons émis un vœu auprès du Service des Archives pour que ces documents soient transférés aux Archives nationales où des historiens familiarisés avec le suédois pourraient les dépouiller » : cette thèse a été publiée à Bordeaux en 1961, l’année même où le couple Rolf et Florence Lamborn a donc "redécouvert" les archives de Saint-Barthélemy. 

La question du microfilmage en est donc à ses premiers balbutiements et c’est ainsi qu’en 1967 un jeune chercheur universitaire suédois du nom, déjà mentionné, de Dan Brändström, au fait que le fonds suédois de Saint-Barthélemy se trouvait aux Archives départementales de la Guadeloupe de par ses lectures de l’histoire coloniale de son pays (une publication suédoise en fait état dès 1938) et qu’il avait en outre entendu une interview du couple Lamborn à ce sujet à la radio nationale suédoise en 1964, eut l’idée d’étudier et microfilmer ces précieux documents et débarqua bille en tête et fleur au fusil à Basse-Terre avec tout son équipement. Il s’ensuivit un échange de lettres entre le directeur général des Archives Nationales de Suède, M. Kromnow, le directeur général des Archives de France, M. Chamson et le directeur des Archives départementales de la Guadeloupe, M. Hervieu, où M. Kromnow demanda l’autorisation pour ce microfilmage. C’est en octobre que le travail put commencer et Dan Brändström microfilmera 9 bobines, avec l’aide de M. Hervieu, touchant aux séries 136-138 (Procès-verbaux de Justice), 285-286 (Esclavage), 287 (Etat-civil) et 292-293 (Recensements). Ces microfilms furent par la suite remis aux Archives Nationales de Suède (Riksarkivet). Agé de 26 ans, Dan Brändström  bénéficiait alors d’une bourse et d’un délai de trois semaines qui allaient vite se révéler insuffisant pour entreprendre cette tâche correctement; il n’était pas rompu au travail en archives et se retrouver devant la complexité d’un linéaire de 33 mètres de liasses insuffisamment classées se révéla vite être un handicap insurmontable. Ayant réalisé l’ampleur considérable du travail qu’il fallait effectuer le jeune chercheur prit la décision de rentrer en Europe non sans avoir laissé en Guadeloupe, avec l’aval de la société auprès de laquelle il avait pu le louer à moindre frais,  le matériel  de microfilmage. Il fit alors paraître un article intitulé « Det svenska arkivet i Västindien » [Les archives suédoises dans les Antilles] dans le n° 301 du journal Västerbottens-Kuriren le vendredi 28 décembre 1967  qui traite en particulier du système scolaire de Saint-Barthélemy à l’époque suédoise et appelle à ce qu’il soit accordé à un boursier spécialisé en histoire la possibilité de se rendre en Guadeloupe pour mener à terme le classement des documents, et en particulier ceux de langue suédoise. Il essaya également de convaincre les  Archives de Suède d’expédier quelqu’un à Basse-Terre pour tirer profit de l’équipement laissé là bas; malheureusement, bien que ceux-ci aient finalement débloqué la subvention de la Fondation Royale, sur demande de M. Rolf Lamborn, pour la poursuite de son travail, le projet n’ira pas plus loin et le jeune homme dut rapatrier en Suède, et à ses frais, les 200 kilos de matériel au printemps 1968. Dan A. Brändström était jusqu’en fin d’année dernière, date à laquelle il a pris sa retraite, le directeur du Riksbankens jubileumsfond ( The Bank of Sweden Tercentenary Foundation.)

M. Hervieu, directeur des Archives départementales de la Guadeloupe, avait donc eu la démonstration de l’inconvénient de microfilmer des documents mal classés et sans inventaire. Cet avis fut confirmé par M. Gandilhon, conservateur en chef des Archives de France, chargé de mission d’inspection en décembre 1967 qui concluait : « …il semble inopportun de laisser microfilmer en son état actuel le fonds de Saint-Barthélemy, mais utile pour la France d’en assurer classement et inventoriage, par envoi aux Archives nationales. » : le vœu émis par M. Guy Lasserre 19 ans plus tôt allait donc se réaliser !

M. Hervieu embarqua le fonds suédois de Saint-Barthélemy, dans 11 grandes caisses de bois, à bord du croiseur porte-hélicoptères Jeanne d’Arc vers Brest en 1971. Il était tout d’abord question de le déposer au Centre Culturel Suédois à Paris, seule représentation à l’étranger de l’Institut Suédois de Stockholm, mais suite au changement de directeur des Archives de France, M. Duboscq ayant remplacé M. Chamson, le fonds fut finalement transféré au Dépôt des archives d’outre-mer à Aix-en-Provence après quelques mois d’errance en Bretagne. Ce furent en fait les premières archives d’Amérique à être entreposées à Aix-en-Provence car le Dépôt des archives d’outre mer, qui deviendra plus tard le Centre des archives d’outre-mer, ne contenait alors que des pièces en provenance des colonies françaises en Afrique : les archives d’outre-mer étant habituellement stockées à la Section outre-mer des Archives nationales, rue Oudinot à Paris. L’année suivante, en 1972, la Direction des Archives de France demanda à son homologue suédois de nommer un archiviste de langue suédoise afin d’effectuer classement et inventaire. C’est M. Björn Lindh, malheureusement décédé en août dernier, alors conservateur aux Archives de Lund, qui sera désigné; il remet la traduction française de son répertoire numérique en 1973.

Le microfilmage débute la même année, aux frais du Dépôt des Archives d’outre mer, et des copies sont livrées, à titre onéreux, aux Archives Nationales de Suède. Il est impossible aujourd’hui de savoir avec précision ce qu’il est finalement advenu de la subvention des 10 000 couronnes suédoises, mais le sentiment général aux Rikarkivet est qu’elle aurait été versée en France à la société chargée du microfilmage, probablement le Dépôt des Archives d’outre mer lui même, aucune société extérieure n’est intervenue, le microfilmage a été réalisé en interne parfois avec l’aide du Centre national du microfilm d’Espeyran.

Ce qui est sûr en revanche c’est que le fonds suédois de Saint-Barthélemy  ne sera pas microfilmé dans son intégralité pas plus qu’il ne sera ré-expédié en Guadeloupe  malgré la promesse qui avait été faite par le précédent directeur des Archives de France, M. Chamson, au directeur des Archives Départementales de Guadeloupe, M. Jean-Paul Hervieu; c’est ainsi que 148 liasses sur le total des 327 ne seront pas microfilmées.

Selon M. Jacques Dion du Service Archives nationales d'outre-mer de la Direction des Archives de France « le microfilmage se sera effectué dans des conditions difficiles et au détriment d’autres tâches tout aussi urgentes.  L’archiviste a noté : "Impossibilité de restaurer certaines liasses. En effet leur papier semble avoir subi une évolution chimique telle qu’il combat l’action de l’acétone" .» Officiellement, id est d’après le Tome III (Marine et Outre-mer) de l’État Général des Fonds édité en 1980 par les Archives Nationales : « l'état de dégradation du papier et des encres, conséquence du climat tropical, déconseillant le retour à la Guadeloupe de ces documents fragiles, les Archives Nationales les ont accueillis  dans leur dépôt d’Aix-en-Provence ». Le Centre des Archives d’outre-mer (CAOM, devenu officiellement ANOM [Archives nationales d’Outre-mer] depuis le 1er janvier 2007) qui conserve donc « provisoirement » ces archives de l’île de Saint-Barthélemy (comme stipulé noir sur blanc dans l’inventaire des microfilms à destination du public) fût inauguré à Aix-en-Provence en 1966 alors que se construisait en parallèle un pôle universitaire avec un important secteur Sciences Humaines; une implantation qui ne devait donc rien au hasard et qui s’inscrivait dans une dynamique de recherches, mais ce n’est que vers la fin des années 80 qu’y furent transférés les archives "des Amériques" de la section outre-mer de la rue Oudinot.

Toujours selon le Service Archives nationales d'outre-mer «  Il semble aujourd’hui que les Archives de France ont su préserver un fonds dont l’état initial était et reste préoccupant mais en tous cas stabilisé. » Il n’en reste pas moins que les archives de France se montrent aujourd’hui plutôt discrètes sur certains passages de l’historique du fonds suédois de Saint-Barthélemy et notamment sur les raisons pour lesquelles le travail de microfilmage sera resté inachevé.

Voilà comment le Service Archives nationales d'outre-mer de la Direction des Archives de France décrit aujourd’hui les originaux des 327 liasses qui constituent le fonds d’archives : « extrêmement fragiles : papier cassant et noirci, encre acide. Actuellement, le maniement des liasses est quasi impossible. Seul un important travail de restauration (long et coûteux) permettrait de reprendre le microfilmage. »

Dans l’édition n° 16 de la revue Arkiv, Samhälle och Forskning parue en 1974 l’archiviste suédois Björn Lindh dans un article de 5 pages intitulé «Det svenka S:t Barthélemy-arkivet» [Les archives suédoises de Saint-Barthélemy] fait pourtant la constatation suivante : « Ceci dit, on peut dire d'une manière générale au sujet de ces archives que seuls quelques documents isolés ont besoin d'une restauration avant d'être microfilmés. »

La liste des séries non microfilmées, fournie par le CAOM, est la suivante :
- Manifestes (M) 1-58
- Comptes (C.P.) 73-124
- Décrets et proclamations (L) 134-135
- Journaux et listes (PJT) 136-139
- Navigation (AM) 265-275bis
- Naturalisations (N) 276-280
- Etat civil (E) 287-291 5
- Recensements (P.O.) 292-293
- Cultes (R) 294-295
- Divers (D) 296-300bis
- Documents non indexés 325

Ces séries présentent un intérêt incontestable : en 1978, le Dr Jean Benoist, alors directeur du Laboratoire d'écologie humaine à Aix-en-Provence et professeur à l'Université de droit et d'économie à Aix et également professeur au département d'anthropologie à l'université de Montréal, a fait photocopier un certain nombre de listes nominatives aux Archives d'Outre-mer. En 1982, alors que commençait le dépouillement, l'informatisation, et la vérification des listes nominatives photocopiées, la professeure canadienne Francine Mayer, lors d'une visite à Aix-en-Provence, a pu voir ces listes alors recouvertes d'une pellicule transparente afin les protéger ; ce sont les fonds canadiens de recherche du Dr Benoist qui ont contribué financièrement à cette protection des documents. Mme Mayer se souvient avoir pu voir d'autres listes nominatives qui provenaient, selon elle, de la boîte PO 293. Elle voulu en obtenir photocopie en 1987, lors d'un colloque à Aix; aux archives d'Aix on lui a alors déclaré ne pas les trouver. Une agente de recherche de passage à Paris en 1988 pour un séminaire sera envoyée vérifier aux Archives d'Outre mer si ces listes étaient réapparues..."nenni". Les équipes canadiennes achèteront par la suite les microfilms des archives suédoises. En 1998, les linguistes français Louis-Jean Calvet et Robert Chaudenson exprimeront leurs regrets dans «Saint-Barthélemy : une énigme linguistique» de ne plus pouvoir avoir accès à ces séries Recensements (P.O.) 292-293 au Centre d’Archives d’Aix-en-Provence. De même, le professeur suédois Rolf Sjöström explique avoir bénéficié de la complaisance du CAOM en 1995 pour pouvoir consulter certains documents, non accessibles au public, dans le cadre du projet de 1993-1999 « Utbildning och kolonialism: Svenska undervisningsprojekt i Torne Lappmark och Nya världen på 1700- och 1800 talen » [Education et colonialisme : projets scolaires suédois en Laponie et dans le nouveau monde au 18ème et 19ème siècles] où il s’est intéressé au cas de Saint-Barthélemy. Dans une présentation datant de 2003 et téléchargeable en ligne depuis 2005 sur le site internet de la bibliothèque universitaire d’Umea il précise : « De grandes parties du fonds sont malheureusement en piteux état. Un des volumes d'archives ne fut accessible que grâce à la complaisance particulière de la direction des archives, tandis qu'un autre volume clé se révéla inexploitable, car le document était en train de se désagréger en petits morceaux.

Il conviendrait d'entreprendre rapidement quelque chose pour les restaurer et les mettre sur microfilm. Ce n'est pas l'intérêt qui manque, mais il est difficile de trouver quelqu'un qui veuille bien payer.» Il convient peut-être de relativiser les propos de Rolf Sjöström lorsqu’il écrit que « De grandes parties du fonds sont malheureusement en piteux état» car au contraire de Lamborn, Brändström et Lindh, il n’a pas eu accès à l’intégralité du Fonds et ne peut donc se référer qu'aux informations que lui en a communiqué le Centre d'Archives d'outre-mer d'Aix-en-Provence. Si certaines liasses sont probablement aujourd’hui effectivement difficilement récupérables ( par exemple dans les séries Etat civil (E) ) il n’en reste pas moins que d’autres pourraient pourtant bien être sauvées par microfilmage et un certain nombre sans restauration préalable. D’autant plus qu’une série comme la série Procès-verbaux de finances (PF), 14 volumes : 59-72, décrite dans l’article de M. Dr Ingvar Andersson en 1965 comme « delvis vattenskadade » (partiellement endommagée par l’eau) n’apparaît pas dans la liste des séries non microfilmées. On remarquera aussi que certaines séries microfilmées par Dan Brändström en 1967 sont considérées comme non-microfilmées par le Centre d’Archives d’Outre-mer : soit que les Archives de France ne sont pas au courant de l’existence de ces microfilms, soit que les Archives de France n’estiment pas utile de se procurer les microfilms de ces séries dont ils assurent pourtant la conservation des originaux. Il serait donc fort souhaitable de pouvoir disposer d’un inventaire détaillé et aussi précis que possible quant à l’état exact de ces documents restant à microfilmer.

Le Comité de Liaison et d’Application des Sources Historiques souhaitait par exemple aujourd’hui avoir accès aux 59 volumes « Manifestes » dans le cadre de ses recherches sur la traite négrière à Saint-Barthélemy : la série M renferme en effet des informations concernant les navires et leur cargaison dans le port de Gustavia à partir de 1805; Malgré l’appui du directeur du « Wilberforce Institute for the study of Slavery and Emancipation » de l’université de Hull au Royaume-Uni, le CAOM a dissuadé le haut responsable du C.L.A.S.H d'une démarche inopportune et vouée
à l'échec tout en précisant quelque peu vaguement qu’ « un examen par des spécialistes de la restauration pourrait peut-être avoir lieu compte-tenu de l’amélioration des techniques depuis l’époque du microfilmage. »

Mais c’est au détour du tout nouveau « Guide des sources de la traite négrières, de l’esclavage et de leurs abolitions »  publié par la Direction des Archives de France que l’histoire du fonds suédois de Saint-Barthélemy renaît une nouvelle fois : 11 registres contenant "plusieurs actes relatifs à des armements de navires dont certains sont faits pour la traite ainsi que de nombreuses autres notations relatives à l’esclavage" avaient été expédiés à Washington en 1886. Ces registres ont donc été tiré du fonds suédois directement à Saint-Barthélemy peu après la rétrocession. Ce transfert faisait suite aux demandes de dédommagements des marins des bâtiments neutres américains demandés par le gouvernement des Etats-Unis en 1831 suite aux attaques des corsaires armés par Victor Hugues trente cinq ans plus tôt durant la quasi-guerre ; l’affaire traînant en longueur, le greffier en chef du tribunal de Basse-Terre, M. Léon Belmont, va donc expédier directement à Washington, et ce pour une durée théorique de deux ans, des documents originaux dont ces 11 registres, "pour faire bonne mesure" comme écrit dans le Guide mais plus sûrement en raison du rôle joué par Saint-Barthélemy pendant la période révolutionnaire aux Antilles et des relations entretenues par Victor Hugues avec le gouverneur suédois Bagge; ces documents oubliés, redécouverts à l’ambassade de France, à Washington, seront ré-expédiés vers Paris aux Archives Nationales en 1958 suite aux démarches de Mme Ulane Bonnel, puis retournés à Bisdary (Gourbeyre) aux Archives Départementales de la Guadeloupe en 1988 à la demande de leur directeur, M. Hervieu.  

Pour reprendre la description extrait du Tome III (Marine et Outre-mer) de l’État Général des Fonds édité en 1980 par les Archives Nationales, « Le fonds de Saint-Barthélemy est intéressant non seulement pour l'histoire de cette petite île, mais aussi pour celle des Antilles et celle de l'administration coloniale suédoise. » et pour conclure, la définition du Conseil international des Archives : « les archives constituent la mémoire des nations et des sociétés; elles fondent leur identité et sont un élément clé de la société de l’information. En témoignant des activités menées et des décisions prises, elles assurent à la fois la continuité des organismes et la justification de leurs droits, ainsi que de ceux des individus et des États. Parce qu'elles garantissent l'accès des citoyens à l'information administrative et le droit des peuples à connaître leur histoire, les archives sont essentielles à l'exercice de la démocratie, à la responsabilisation des pouvoirs publics et à la bonne gouvernance. » Est-ce donc ainsi que Saint-Barthélemy entend laisser défendre ce patrimoine ? pour mieux envisager son avenir ? La collectivité d’outre-mer de Saint Barthélemy s’est officiellement substitué à la commune de Saint-Barthélemy, au département  et à la région de la Guadeloupe le 15 juillet 2007; en application du code du patrimoine et du code général des collectivités territoriales, il lui incombe donc désormais d’assurer la conservation de ses archives mais aussi leur mise en valeur, dans un bâtiment ouvert au public. L’île pourrait rapatrier ses dépôts des Archives Départementales de la Guadeloupe mais que réserve t-on au
juste au précieux fonds suédois de Saint-Barthélemy ?

l’amiRAL du C.L.A.S.H…sur l’île de Nantes.

Avec la collaboration de M. Rolf Sjöström, M. Dan Brändström, M. Göran Larsson, M. Örjan Romefors, Mme Ingrid Eriksson Karth, Mme Hélène Servant, M. Jacques Dion, Mme Evelyne Camara, M. Jean-Paul Hervieu, M. David Richardson, Mme Francine Mayer, et M. Jean Benoist.
par zephyrin publié dans : negmawon
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Jeudi 19 juillet 2007
Empêtré dans nous-même, dans ce que le temps nous a construit, dans nos habitudes que nous pensions immuables, dans nos gestes qui s’apparentent à un rituel, nous nous figeons progressivement dans un être qui au final devient nous.

Les rencontres s’effectuent au gré des aléas, du destin ou encore du hasard, si tenté que le hasard soit une donnée pertinente pour l’être que nous sommes. Elles nous transforment, si peu, un peu tout de même, mais en général elles nous transforment. De toutes ces rencontres, l’être figé que le temps a édifié se déraidit, la statue s’ébranle comme le Pygmalion à qui fut insufflé le souffle de vie et nous nous animons de nouvelles ardeurs, de nouvelles envies, de nouvelles folies.

Les choix que nous avons faits, se remettent en cause, non pas qu’ils fussent mauvais en leur temps ou maintenant, ils ne sont simplement plus à propos. Des contraintes que nous avons toujours refusé d’assumer, des positions que nous tenions dur comme fer, nous acceptons de les revoir et nous assumons dorénavant.

Des lieux que nous ne voyons plus, des gens que nous ne regardons plus, des plaisirs que nous avons mis sous notre coude, des talents qui ne furent jamais exploités, des chemins jamais explorés, nous sentons soudainement l’envie, de faire, de découvrir, de parcourir, d’entreprendre. L’envie renaît, l’envie taraude chaque fibre de nôtre être et cette envie vient de l’autre.

Une parole, jamais un ordre, une suggestion, une phrase chuchotée en s'excusant et nous nous mettons à courir alors que marcher est pour nous une souffrance. Nous sourions et rions alors que dans notre vie rien ne s’y prêtre, et tous ces changements se profilent à grande vitesse en nous et nous modifient.

Est-ce la pensée de l’autre qui s’affaire en nous et donne l’impulsion à nos élans, à ce renouveau qui s’esquisse en nous ?

Sommes nous dans la représentation narcissique de nous-même ? Nous ne le pensons pas, car ce qui se produit en nous, se produit irrémédiablement dans l’autre. Nous Nous transformons à nos contacts, nous changeons à nos touchers et nous recréons un nouvel être, devenons un nouvel homme, une nouvelle femme.

Elle ne se voyait pas ainsi, désormais elle se trouve dans notre regard. Nous ne nous voyons pas ainsi, désormais nous nous cherchons dans son regard.

C’est une magie qui naît, une alchimie qui s’opère, celle de l’envie d’être. Nous n’osons dire que c’est l’amour le transformateur de l’être, mais un sentiment approchant ayant la faculté de nous rendre, autre, différent, enchanté, un temps, un laps de temps, la fugacité de l’instant ou toute une vie.

C’est un sentiment qui nous ouvre à nos potentialités, et grandit le besoin de l’autre, qui même absent est présent, accompagne nos gestes et nos pensées.

Evariste Zephyrin

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par zephyrin publié dans : negmawon
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Jeudi 19 juillet 2007
À Baltimore dans l’Ėtat du Maryland, au mois de juillet, le temps d’un week-end, se tient un festival culturel qui draine bons nombres de locaux et de visiteurs qui s’amassent le long de la Mount Royal Avenue (fermée à la circulation pour l’occasion). Cette année le festival s’est tenu du 21 au 23 juillet.

Artscape est le festival estival favori de la région. Le nombre de participants qui vient grossir les rangs chaque année ne cesse de croître et se décompte en plusieurs centaines de milliers. Cet évènement est très attendu, et pour cause, il est entièrement gratuit. Mais ne vous y trompez pas, la qualité n’est pas négligée, et la palette culturelle offerte dépassera toutes vos attentes, tant la diversité est au rendez-vous. Pour ainsi dire, le nom Artscape n’a pas de signification propre en anglais. Je serais tentée de dire qu’il y a jeu de mot composé à partir de escape signifiant “s’échapper” et du mot Art, car Artscape est une véritable célébration des Arts, tous les Arts ou ses formes (120 d’après l’organisation) qui s’étendent de la musique à la danse en passant par le cinéma, le théâtre, la cuisine, la mode, la sculpture, la peinture, le chant…etc. La musique est sans conteste, l’un des pôles d’attraction, pour lequel quatre scènes de concert sont montées en extérieur, pour accueillir des artistes aussi bien régionaux, nationaux qu’internationaux. Durant 3 jours, les mélomanes devraient trouver matière à satisfaire leur attente, entre une scène Soul, une scène R&B, Jazz, Blues, Funk, Rock, Funk, Ska, Reggae, Latin, Country, ….sans oublier l’Orchestre Symphonique de Baltimore d’excellence internationale !

Ce festival connaît un succès retentissant, car bien qu'en étant gratuit, les différentes scènes musicales ont vu évoluer des artistes de renoms, tels que Ray Charles (2001), Boys II Men (2003), Isaac Hayes (2004), Shaggy (2005), …etc... Cette année Common (artiste Hip-Hop) ou encore Goapele (Néo-Soul) étaient présents. Le public qui s'y rend est composite. Qui de Noirs ou de Blancs ou autres, chacun cherche à assouvir ses passions. Le temps que je m’arrête à un concert de rock alternative, je me fais happer par une foule en délire, presque qu’exclusivement blanche, tandis qu’à l’autre bout de l’avenue une marrée humaine noire (sans mauvais jeu de mot !) se bouscule pour écouter les vibes de Goapele. J’étais venue presque exclusivement pour elle, mais j’y ai renoncé, la foule est trop compacte, et me suis rabattue sur une longue visite des stands également diversifiés entre littérature, peinture et artisanat d’art. Tout est à vendre si on adhère au principe que “l’Art n’a pas de prix. ”, bien entendu !

Il est quasi impossible de faire le tour du festival dans sa totalité. Le succès était au rendez-vous, malgré un épisode pluvieux. Cette année, j'ai quand même pu savourer un poulet boucané acheté dans une paillote tenue par des Saintes-Luciens. Il en avait le goût et c'est déjà cela.

Pour ma part, je ne peux que juger positivement un évènement de cette valeur. De part sa gratuité, il aura eu de plus pour effet collatéral, de brasser des groupes de populations qui normalement ne rentrent pas ou peu en contact dans le système socio-économique de ce pays !

Cette année Artscape fêtait sa 25 eme édition, cet évènement populaire me semble être une tradition depuis 1982, date de sa création. Le RDV est donc pris pour le 20-22 juillet 2007.

Coco B.


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par zephyrin publié dans : negmawon
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