La blackittude

Le blog des cultures artistiques de la diaspora afro-caraïbéene et du monde noir
Les Antillais s'invitent à la fête.
Mercredi 7 mai 2008

 


  Claudette DUHAMEL

Dans la capitale de la Martinique la nouvelle équipe municipale a instauré il y a quelques années une pratique bien curieuse : celle de commémorer le 22 mé date de la révolution anti esclavagiste en compagnie des grands békés de la Martinique c’est-à-dire des descendants des esclavagistes constitués en une caste raciste et endogame.

Cette pratique se ferait nous a-t-on dit au nom de la réconciliation.

Certes, mais cela signifierait qu’il y a eu au préalable des conciliabules et qu’au minimum les membres de la caste béké aient reconnu publiquement que leur ancêtres européo descendants ont commis plusieurs siècles durant, des actes odieux, ignobles, affreux, bref, des crimes contre l’humanité à l’encontre de nos ancêtres afro descendants.

Or il n’en est rien ! Ces békés qui sont aux premières loges, à coté du maire de la capitale et occupent donc les places d’honneur lors des cérémonies du 22 mé n’ont rien reconnu du tout !

Leur porte parole le sieur Roger De Jaham est venu sur les ondes d’une télévision pour dire qu’il n’était pas question pour eux de faire acte de repentance mais que lui Roger De Jaham avait brusquement pris conscience de ce que l’esclavage avait été un moment terrible douloureux de l’histoire etc. etc.…

C’est donc bien cette simple et banale prise de conscience qui a valu aux békés d’être mieux installés que les afro descendants dans toutes les commémorations de la capitale pour gloryé les luttes de nos ancêtres.

Et ces européo descendants continuent tranquillement au sein de leur caste, de vivre du produit des crimes contre de l’humanité commis par leur ancêtres qu’ils continuent d’honorer au travers diverses manifestations où les nègres ne sont bien évidemment pas invités.

Seuls les quelques mécréants qui parlent et marchent pour la réparation ont l’heur de les inquiéter un peu. Alors ils profitent justement de leur participation aux manifestations de l’édilité foyalaise pour diffamer ces trublions, les traitant de racistes, les accusant de faire appel à la haine raciale le tout dans le silence complice des « élites » compradores et bien sûr avec la bénédiction des juridictions françaises garantes de leur constante impunité.

Messieurs, vos insultes nous importent peu.

Nous n’exigeons de personne qu’elle fasse acte de repentance. La repentance qui repose sur l’humanité et l’amour du prochain est un sentiment qui ne peut s’imposer.

Toujours soumis à l’arbitraire colonial, privé de toute liberté politique et d’existence, nous exigeons la Réparation c’est-à-dire la restauration pleine et entière dans nos droits d’êtres humains libres.

Comme nous y invite le poète nous avançons ! Et si notre marche pour la liberté fait voler en éclats votre petite caste endogène et raciste alors tant mieux pour nous tous !

Le 1er mai 2008
par zephyrin publié dans : negmawon
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Jeudi 1 mai 2008

 


Depuis quelque temps, sous la houlette de l’historien français Olivier Pétré-Grenouilleau, un vaste mouvement de réécriture du phénomène de l’esclavage est en cours. On sait la polémique qu’avait entraîné les thèses défendues par ce dernier et par quelques porteurs d’eau africains et antillais, notamment la principale d’entre elle, à savoir que l’esclavage arabo-musulman fut pire, ou en tout cas plus important, que l’esclavage atlantique pratiqué par les Européens. Il s’agissait là, ni plus ni moins, que d’un retour à de vieilles thèses relativistes datant du début du XXe siècle qui mettaient sur le même plan esclavage antique (Grèce, Rome etc.), servage asiatique, esclavage arabo-musulman et esclavage euro-atlantique. Il s’agissait, plus profondément, de nier la spécificité de l’esclavage euro-atlantique en la ramenant à une forme d’asservissement de l’homme par l’homme comme une autre, alors que justement cet esclavage a nié la qualité d’être humain à l’Africain déporté. Pire : il a engendré tout un ensemble de théories racistes visant à classer les « races humaines » et plaçant la noire tout au bas de l’échelle. Par comparaison, l’esclavage arabo-musulman n’avait rien de racial puisqu’il mettait dans les fers aussi bien les Africains noirs que les Européens. Il y eut ainsi plus d’un million d’esclaves « blancs » en Afrique du Nord au cours des Xe et XIe  siècles et, par exemple, Cervantès, le célèbre auteur de « Don Quichotte », fut capturé par les Barbaresques et mena trois ans durant une vie d’esclave à Alger.

Comment donc ne pas voir la spécificité de l’esclavage euro-atlantique, son caractère inouï, profondément scandaleux ? Et ici, Christiane Taubira a eu parfaitement raison, au moment de la rédaction de la loi qui porte son nom, de refuser d’écouter les sirènes qui lui demandaient de l’étendre à « toutes les formes d’esclavage ». S’il est évident qu’il y a des éléments commun à toutes les formes d’asservissement qui se sont produites au cours de l’histoire humaine, et cela à travers toute la planète, il n’en demeure pas moins que l’esclavage euro-atlantique est le seul qui ait rejeté l’asservi dans la pure animalité.


Dans le sillage du relativisme Pétré-Grenouillesque s’est greffé plus récemment un courant beaucoup plus néfaste que l’on peut qualifier sans détour de « courant négationniste ». En clair, il s’agit pour ces pseudo-historiens, martiniquais et surtout guadeloupéens, de nier le caractère profondément inhumain de la plantation esclavagiste, de replacer « dans leur contexte », comme ils disent, les atrocités et les abominations commises par les colons européens et finalement de banaliser ce qu’aux Etats-Unis, on appelait à juste raison « l’institution particulière ». Il est effarant de constater que ce sont des Antillais, auto-proclamés historiens, qui s’attèlent à cette tâche ignoble qui, s’agissant d’autres « crimes contre l’humanité », leur aurait valu convocation immédiate devant les tribunaux. Auto-proclamés parce qu’il faut se garder de confondre « enseigner l’histoire » et « faire de l’histoire », exactement comme personne ne confond  « enseigner la littérature » avec « faire de la littérature ». En effet, il ne suffit pas de passer des heures ou des jours entiers aux archives, d’en extraire tel ou tel document que l’on commentera par la suite dans un article ou un livre, pour s’arroger du titre d’historien. Un historien, comme un écrivain, doit avoir une théorie. Une théorie de l’histoire. Avant de nous brandir triomphalement telle découverte dans telle archive ou d’asséner des arguments d’autorité, il doit expliciter ses présupposés théoriques et indiquer clairement dans quel cadre de pensée il situe son travail. De même, un écrivain qui n’a pas au départ une théorie de l’écriture n’est qu’un littérateur.

 

EPISTEMOLGIE ADAPTEE

 

En fait, quand on compare, le fonctionnement des différentes Sciences Humaines aux Antilles, on se rend compte que l’histoire__en particulier, celle pratiquée par les négationistes__est la seule à n’avoir pas fait l’effort de réfléchir à une épistémologie adaptée à nos particularités. La seule à n’avoir pas ressenti le besoin de proposer de nouveaux concepts opératoires. Tant en linguistique, qu’en analyse littéraire, en anthropologie et sociologie, ou encore en économie, nos spécialistes se sont attelés, depuis au moins trois décennies, à produire un savoir fondé non pas seulement sur les principes généraux de leur discipline tels qu’ils sont généralement en usage en Europe ou en Amérique du Nord, mais aussi sur de nouveaux découpages du réel, du réel antillais s’entend, de nouvelles manières de conceptualiser ce dernier.


Ainsi, en analyse littéraire, aucun chercheur antillais ne se contente de se référer seulement à Roland Barthes, Gérard Genette ou quelques autres autorités occidentales en la matière. Il dispose désormais de tout un appareillage conceptuel forgé pour la littérature antillaise et sa spécificité. Ainsi le concept de « diglossie littéraire », concept central, fondamental, à partir duquel vont s’articuler ceux de « langue indigène du récit », « procuration linguistique », « surconscience linguistique », « souveraineté littéraire » et bien d’autres. Mieux, une véritable transversalité s’est instaurée entre les quatre disciplines susnommées lesquelles non seulement puisent dans l’une ou l’autre selon les besoins, mais travaillent autour du même concept : par exemple, celui de « créolisation », lui aussi fondamental.


Il n’y a que l’histoire à être demeurée à l’écart de ce recentrage épistémologique et à continuer à nous asséner, imperturbablement des choses du genre « Le 12 février 1840, le gouverneur Untel a décrété ceci… » ou « A la fin du 19è siècle, les ouvriers agricoles entamèrent des grèves… ». A continuer, ce qui est tout aussi grave, à ignorer l’apport théorique de l’anthropologie antillaise ou de l’analyse littéraire antillaise, disciplines auxquelles nos historiens ne font qu’allusion sans qu’on comprenne bien comment lesdites allusions s’articulent à leurs démonstrations.

 

Nous posons donc la question : où est l’épistémologie des sciences historiques adaptée à notre réalité ? Quels en sont les concepts opératoires ?


Parmi, tous ces prétendus historiens, le plus inconsistant théoriquement, celui chez qui, malgré beaucoup d’esbroufe, on dénote la plus grande vacuité conceptuelle n’est autre que le dénommé Frédéric Régent.

ARCHIVE SYMBOLIQUE

Quelle est donc la théorie, quelles sont les théories sur lesquelles s’appuient les Antillais et Africains qui grenouillent dans le sillage de Pétré-Grenouilleau ? Aucune ! Or, s’agissant des pays colonisés, en particulier ceux où l’écriture était du seul ressort du maître ou du colon (ce qui ne fut pas le cas de l’Asie ou du monde arabe où malgré la domination coloniale, les indigènes purent conserver une certaine maîtrise de l’écrit dans leur propre langue), il y a une véritable critique des archives à opérer. Il y a à réfléchir à la notion même d’archive. D’abord, on note que celle-ci n’émane que du maître et de lui seul ; ensuite, il apparaît que ce qui est archivé ne visait qu’à asseoir le pouvoir du maître et était donc souvent délibérément tronqué ou manipulé. Chiffres, listes, notations diverses, actes juridiques parfois, tout ce qui est de la main du colon ou de l’Etat colonial est suspect ou, en tout cas, doit être interrogé. Enfin, nos petits Pétré-Grenouilleau locaux font carrément l’impasse sur ce que Dany Bébel-Gisler appelait dans « Le Créole, force jugulée (L’Harmattan, 1972) « l’archive symbolique » de notre culture à savoir le créole et toutes les productions orales dans cette langue (contes, récits familiaux, proverbes, chants de travail etc.). Ils font donc abstraction de l’esclave, du vécu de l’esclave. En ne fondant leur propos que sur l’écrit du maître blanc, ils font comme si l’esclave noir était demeuré les bras croisés et n’avait pas, au cœur même de l’effroyable, recréé une nouvelle culture, un nouveau rapport au monde. Pour ces messieurs, l’esclave n’écrit pas donc il n’a rien à dire !

Au-delà de l’absence de toute réflexion théorique, ce qui est plus scandaleux chez eux, c’est qu’en s’employant à minimiser les atrocités de la période esclavagiste, ils poursuivent en réalité un autre but, un but soigneusement dissimulé, masqué : montrer qu’en dépit de tout ce que nous a fait subir la puissance coloniale, nous pouvons aujourd’hui continuer à vivre en son sein car grâce à de grands hommes, de grands humanistes émanant de cette même puissance, nous avons pu recouvrer notre dignité d’homme et manger à la même table que nos anciens maîtres. Ce négationnisme est donc une forme de néo-assimilationnisme. Il vise à brouiller les cartes et à nous faire perdre de vue, ce qu’Aimé Césaire a nommé « le génocide par substitution ». Le négationnisme de ces pseudo-historiens, dont certains ont vainement tenté d’entrer à l’Université, sert en fait le phénomène de caldochisation, c’est-à-dire le remplacement des Antillais à tous les postes de responsabilité par des gens venus d’ailleurs. En donnant des gages aux Caldoches, en relativisant l’esclavage, en se faisant les porteurs d’eau des Pétré-Grenouilleau et autres, ils espèrent telle ou telle gratification : poste de directeur de telle institution ou tel organisme de l’Etat français, petit chef de ceci ou de cela, invité systématique des plateaux-télés coloniaux etc.

Tous ceux qui ont la nation martiniquaise ou guadeloupéenne chevillée au corps se doivent de combattre avec la dernière énergie les négationnistes car ces derniers, en répandant leur discours mensongers dans l’esprit de nos élèves et de nos étudiants, sont en fait à la pointe du combat pro-assimilation. Ils sont les nouveaux hussards de l’entreprise d’éradication de notre identité créole. Ils ne visent ni plus ni moins, en final de compte, qu’à prouver que, malgré l’esclavage, nous avions vocation à devenir de bons Français.

Historiens, ces gens-là ? Que non ! Agents du colonialisme français.


par zephyrin publié dans : negmawon
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Mercredi 19 mars 2008
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Ce mois de mars 2008, se caractérise dans l'histoire martiniquaise par un funeste cinquantenaire, celui d'une répression sanglante ayant eu lieu le 4 mars 1948 dans la petite commune du nord caraïbe, celle du Carbet.

Pour comprendre ce qui c'est passé ce jour là, il est impératif de contextualiser cet évènement en brossant un tableau de la situation de l'île à cette époque.

Il faut se remémorer, durant la seconde guerre mondiale, la Martinique, comme d'autres colonies a largement pourvu à l'effort de guerre, nombre de Martiniquais et Guadeloupéens sont entrés en dissidence, ils sont partis renforcer les rangs des troupes de l'armée française de libération, et aussi la Martinique a été contrainte de vivre une période drastique particulièrement traumatisante, car coupée de la métropole qui ne peut plus la ravitailler, ni exporter sa production, la Martinique se retrouve confrontée aux pénuries, aux rationnements et les files s'allongent devant les magasins.

Au lendemain de la guerre, la Martinique est exsangue, en proie à une situation de délabrement économique et social des plus atroce.

L'excèdent naturel annuel qui est de l'ordre de 2 993 à cette époque, est loin d'être un atout, un élément dynamique grâce auquel la Martinique pourrait se développer.

La population active comptabilisant 73 000 travailleurs, est majoritairement employée dans le secteur agricole (41 422), ceci contribue à expliquer la raison pour laquelle, le tissu industriel est quasi-inexistant, en outre, en 1948, l'industrie est axée sur la distillation de la canne à sucre, ainsi l'industrialisation est étroitement liée et dépendante de l'agriculture coloniale, aux conditions de travail pénibles, aux conditions salariales peu rémunératrices pour les ouvriers agricoles.

A coté de cette agriculture industrielle et coloniale, jouxte tant bien que mal, ce que l'on pourrait englober dans un secteur tertiaire restreint, à savoir les fonctionnaires, les artisans, les commerçants et les professions libérales.

Par-dessus cet état de fait marqué par de fortes tensions sociales, se greffe une situation de sous-développement dramatique du pays.

La société est foncièrement inégalitaire, il y a un important clivage entre la minorité possédante (essentiellement béké) et la majorité de la population réduite à une misère économique et sociale insupportable.

Le gros de la population se compose de familles nombreuses, vivant entassées dans des cases d'une à deux pièces, dans des quartiers populaires qui ont des allures de taudis, les infrastructures sanitaires sont absentes, les hôpitaux sont d'une grande insalubrité, d'une grande pauvreté et le dénuement y est tel, que l'on est obligé d'amasser les bébés par 3 ou 4 dans des caisses en bois en guise de berceaux, les écoles sont aussi dans un état pitoyable avec des locaux exigus et sordides.

Face à cela, le peuple a réagi et une lutte s'est alors engagée sur un plan social et politique, impulsée par des forces populaires s'appuyant sur les syndicats d'une part (la CGT, la Fédération des syndicats de fonctionnaires) et sur les partis politiques d'autre part, principalement le parti communiste (PC) et son organe de presse Justice.

Ces éléments moteurs estimaient qu'il fallait passer par la lutte pour extirper le pays de la pauvreté.

Mais en 1948, l'histoire des relations internationales où l'on verra le bloc capitaliste et communiste s'affronter dans une répartition bipolaire du monde, venir influer sur l'histoire martiniquaise.

En effet, sept mois auparavant, le 23 août 1947, débarque le tout premier préfet de l'histoire de la Martinique, M. Pierre Trouillé, de nombreux espoirs sont fondés par la population, mais c'est en vain, car le préfet n'a été nommé pour apaiser les tensions sociales, ni pour améliorer le quotidien des Martiniquais, il était au contraire mandaté pour enrayer par tous les moyens possibles les révoltes sociales et contrer les éléments communistes.

Ainsi, en Martinique à cette époque, il y avait deux camps qui s'opposaient, d'un coté, les aspirants aux changements en matière de protection sociale et de droits du travail, c'est à dire la population noire dans sa grande majorité, et de l'autre coté, les possédants, la population blanche, notamment les békés partisans du statut-quo, ils ont un allié de poids en la personne du préfet Trouillé.

Les forces progressistes s'inscrivent dans une logique dictée par l'urgence de leur condition, alors que les autres ont plutôt intérêt à ce qu'il y ait peu d'évolution.

Ces deux logiques antagonistes ont conduit aux évènements du 4 mars 1948.

Les faits ont comme localisation initiale l'habitation Lajus au Carbet, un domaine colonial racheté en 1919 par Jaques Bailly sur lequel il a transféré sa distillerie de l'habitation Dariste en 1921 par autorisation du gouverneur, une mutation agro-industrielle loin d'avoir été anodine puisque c'est dans cette distillerie où ont été réalisés les tous premiers rhums vieux de la Martinique.

Mais en 1948, les coupeurs de cannes de la plantation Lajus, qui depuis janvier ne sont payés que partiellement, réclamaient au 1er mars que les dispositions, prises un an auparavant pour la coupe de la canne, dans les pièces encombrées d'herbes hautes et de lignes, soient mises en application.

Le distillateur J.Bailly leur a opposé une fin de non recevoir et a exclu un aménagement prévoyant une diminution du travail en la matière et encore moins d'en modifier à la hausse son coût. Ce qui revenait à s'opposer ni plus ni moins à l'application d'une mesure légale.

Ce refus a entraîné la cessation immédiate du travail de tous les ouvriers agricoles de la plantation, un arrêt jugé comme une impudence par le gros distillateur qui en guise de négociation à fait mander les forces de l'ordre, leur enjoignant de ne pas hésiter à faire usage de leur armes à feu sur les grévistes.

Le 4 mars, après trois jours de grève où chacun campaient sur ses positions, J.Bailly change de tactique et invite ses ouvriers à venir à l’habitation Lajus percevoir le complément de leur solde.

Les syndicats perçoivent cela comme une machination, un appeau patronal, mais ils ne peuvent empêcher les travailleurs grévistes d'aller recevoir le salaire qui leur est dû.

A 18 heures l'opération achevée les ouvriers regagnent le bourg, ils cheminent le long de la RN2 quand ils croisent sur leur route une jeep provenant de Saint-Pierre et ayant à son bord une dizaine de gendarmes environs.

En arrivant à hauteur d'un gréviste et de son épouse restés en arrière du groupe, les gendarmes stoppent alors leur véhicule et s'acharnent à coups de crosses sur André Jacques. Ils se livrent à un passage à tabac en règle, Yvonne Jacques tente de venir en aide à son mari, elle se fait tirer dessus, la balle l’atteint à la jambe.

Le bruit des déflagrations alerte les ouvriers qui rebroussent chemin et interviennent pour prêter assistance à leurs camarades.

Le frère du molesté, Henry Jacques tente de désarmer le tireur, mais il est mis en joue par les gendarmes et abattu.

Ce soir là les balles ont fusées au Carbet tuant trois personnes, les deux frères Jacques et Mathurin Dalin et blessant grièvement deux autres personnes, madame Jacques et André Balmer.

Ces évènements ont été relatés dans le journal Justice, faisant exception dans une presse peu loquace mais cette dénonciation déplaira fortement au préfet Trouillé qui fera en sorte que les journalistes des articles soient condamnés pour "diffamation" à six mois de prison et le journal à 100 000 francs d'amende.

Néanmoins, cette fusillade a consterné la population martiniquaise, le petit peuple martiniquais, c'est même dit, qu'à l'époque de l'amiral Robert pendant la seconde guerre mondiale (An tant Robè), on n'avait pas osé tirer sur des travailleurs, mais c'était oublier les précédents de 1900 au François ( 10 morts) et de 1925 à Bassignac à Trinité ( 2 morts).

Les luttes ouvrières martiniquaises sont parsemées de cadavres, les békés ne sont pas privés afin de protéger leurs intérêts faire appel à la gendarmerie ou de recourir à leurs sbires et spadassins pour éliminer, ceux qu’ils estimaient gênant à la bonne marche de leurs affaires et ce 4 mars 1948 a été en Martinique une autre journée marquée par la répression sanglante des forces coloniales, et à nouveau ce même Trouillé 3 ans plus tard, le 7 mars 1951 donnera l’ordre à ses gendarmes de tirer sur la foule.


Emmanuelle Deschè
source
par zephyrin
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Vendredi 23 novembre 2007
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Sur les quais symboliques de la Loire, je vous invite à faire l’école buissonnière, à plonger au cœur d’un voyage…

Au-dessus de la mer et des flots, au-delà des nuages, dans les profondeurs obscures de la terre, sur les ailes des mouettes, au mât des bateaux, laissez-vous guider. Entre les brumes lointaines de l’enfance, nos châteaux de sable écroulés, sur les ruines enchantées, vivent des mondes imaginaires, enfouis, de notre propre histoire, des terres et des lumières inconnues, des jardins oubliés et ré-ouverts au soleil, par magie.

… Plaisir de peindre, plaisir d’écrire, plaisir de partager une émotion, je vous invite à un beau voyage, pour qu’à son tour, votre cœur redevienne oiseau…

Octave CESTOR et le Conseil d’administration
de la Maison de l’Outre-mer et son espace culturel Louis Delgrès
ont le plaisir de vous inviter au vernissage de l’exposition

"Outre Mer, Outre Terres"
D’Alis THEBE
attbed0e.jpgLe samedi 24 novembre à 16 h
Vernissage en présence de l'artiste
   
Et à la présentation de son dernier livre
"En Transparences"
Par les éditions Opéra, le samedi 15 décembre à 16 h


Durant l’exposition, tous les vendredis : animations, poésies et chansons par
Alis THEBE de 19 h à 22 h
 

Exposition ouverte du 24 novembre au 29 décembre 2007
Visible sur Internet : http://www.outremer44.org

Espace culturel Louis DELGRES – 89 quai de la Fosse – 44100 NANTES
Tramway ligne 1 – Arrêt Chantiers Navals
Renseignements au 02.40.71.76.57
maisonoutremer_at_wanadoo.fr

Octave CESTOR
Tél.  02 40 41 77 76
octave.cestor_at_insee.fr
par zephyrin
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Mardi 2 octobre 2007

dictionnaire-1-reduit.jpgLes Martiniquais en avaient fini presque par en faire un complexe : ils étaient jusqu’à cette année 2007, le seul et unique peuple créolophone de la planète à ne pas disposer d’un dictionnaire pour son créole. Même des créoles parlés par une petite population, comme le marigalantais, ou en voie d’extinction comme le louisianais, en possédaient un et cela,  depuis des décennies. Nous avions certes d’excellentes grammaires du créole martiniquais (Jean Bernabé, Robert Damoiseau etc…), de très bonnes études d’anthropologie créole (Gerry et Thierry L’Etang, Raymond Relouzat etc.), d’innombrables travaux sur la littérature créole et, depuis le début des années 70 du siècle dernier, un nombre conséquent de publications poétiques, théâtrales ou romanesques en langue créole, mais pas de dictionnaire.

    Eh bien, voici que cet « oubli » est désormais réparé grâce à Raphaël Confiant et aux éditions Ibis Rouge !  Et le résultat est plus qu’impressionnant :

   . plus de 1.470 pages en 2 volumes

   . près de 20.000 entrées

   . environ 15.000 citations d’auteurs créolophones visant à illustrer ces entrées à la manière du dictionnaire Littré.

    Ce travail colossal, qui a duré près d’une quinzaine d’années, est le fruit du travail acharné et solitaire d’un seul homme : Raphaël Confiant. On notera d’emblée le caractère insolite de l’entreprise car de nos jours, et cela quelle que soit la langue, plus aucun dictionnaire ne s’élabore tout seul. Il y a toujours un maître d’œuvre épaulé par toute une équipe de collaborateurs. C’est dire que R. Confiant a travaillé à l’ancienne, à la manière des dictionnaristes du 19è siècle, bénéficiant toutefois de ce formidable outil qu’est l’ordinateur. La préface de l’ouvrage nous éclaire quelque peu sur la méthode mise en œuvre par l’auteur qui nous apprend d’emblée qu’il n’a pas fait d’études lexicographiques au sens propre du terme à cause de « la relation problématique qu’entretient le Martiniquais avec son vernaculaire ». En clair, il n’a pas procédé comme le font tous les lexicographes du monde, c’est-à-dire bâtir des questionnaires et se rendre sur le terrain pour interroger les locuteurs. Il a procédé « de biais », comme il le dit lui-même, c’est-à-dire en profitant des enquêtes ethnographiques qu’il menait pour l’écriture de romans tels que « Commandeur du Sucre » ou « Régisseur du rhum ». Pendant qu’il interrogeait tel vieux commandeur d’habitation sur son métier, il en profitait pour relever dans le même temps les mots liés à la coupe de la canne à sucre, par exemple.

    D’autre part, R. Confiant a aussi dépouillé presque tout ce qui a été écrit en créole depuis que le créole martiniquais s’écrit à savoir depuis la publication du recueil de fables de la Fontaine traduites en créole, « Les Bambou » (1846), dues à la plume d’un Béké dénommé François-Achille Marbot jusqu’à l’actuelle rubrique hebdomadaire (2007) de Jid, « Kréolad », dans le magazine « Antilla », en passant par les œuvres de Gilbert Gratiant, Marie-Thérèse Lung-Fou, Georges Mauvois, Monchoachi, Joby Bernabé, Térez Léotin, Georges-Henri Léotin, Jala, Serge Restog, Jeff Florentiny, Vincent Placoly, Jean-François Liénafa, Serge Restog, Robert Nazaire, Marcel Lebielle, Daniel Boukman etc…On s’aperçoit au passage, en lisant les citations d’auteur qui accompagnent les entrées, que la littérature martiniquaise en langue créole est beaucoup plus riche qu’on ne le croit généralement. La raison de sa semi-invisibilité est sans doute due à son manque de médiatisation et surtout au fait que le créole est finalement assez peu enseigné à l’école, chose qui aurait permis au plus grand nombre de connaître lesdites œuvres.

    En explorant donc le lexique du créole martiniquais sur près d’un siècle et demi, l’auteur nous donne à lire une sorte de dictionnaire historique et non un simple dictionnaire de la langue telle qu’elle est parlée aujourd’hui. Les vieux mots (ou archaïsmes) tels que « tondilié » (tonnelier), « komotif » (locomotive) ou encore « chaspann » (puisette) y côtoient les mots nouveaux (ou néologismes) tels que « kouchal » (en mauvais état) ou « djonmpi » (SDF drogué). Autre point intéressant : toutes les variantes phonétiques sont scrupuleusement notées comme pour « lariviè »/ « lawviè »/ « layiviè » (rivière).  D’autre part, l’auteur s’est soucié de l’étymologie puisqu’on y apprend que « kouliwou » vient du caraïbe, « manawa » de l’anglais, « katjopin » de l’espagnol, « danma » (talisman) de l’africain ou encore « kolbou » du tamoul. Il va même jusqu’à différencier les mots qui viennent du français standard comme « chimiz » (chemise) ou « tranglé » (étrangler) de ceux qui viennent du français régional (des parlers d’oïl : normand, poitevin, picard etc…) comme « razié » (buisson) ou « zen » (hameçon), et même de l’ancien français comme « bwareng » (bréhaigne).

    Poussant encore plus loin son travail, R. Confiant traduit en français chacune des citations d’auteur créolophone qui illustrent les entrées, chose qui séduira à n’en pas douter l’utilisateur non-créolophone de son ouvrage ou ceux qui sont en train d’apprendre la langue. Mieux, il recense aussi les expressions idiomatiques comme « ba lari chenn » (errer), les proverbes (« Chak betafé ka kléré pou nanm-li ») et même les titim (devinettes). Sans compter que l’auteur ne se contente pas de donner la signification de chaque entrée, il explique de quoi il s’agit soit de lui-même soit en citant un auteur qui a travaillé sur la question.  Ainsi pour « tjenbwa », il ne se contente pas de traduire par « sorcellerie », il cite Eugène Revert, Hélène Migerel, Franck Degoul etc…, ce qui donne un petit côté encyclopédique à son dictionnaire, chose qui, là encore, séduira l’utilisateur non-créolophone.

   Il s’agit donc, on s’en rend compte, d’un travail colossal dont on peut se demander comment un homme seul a pu en venir à bout, même au terme de quinze années d’un labeur que l’on devine acharné. Quand on pose la question à l’auteur, il répond par une boutade :

    « Man sé an chaben, pa janmen bliyé sa ! » (Je suis un chabin, ne l’oubliez jamais !)

   On regrettera toutefois que les mots ne soient pas catégorisés grammaticalement. Il est vrai qu’en créole, un même mot peut être tout à la fois un nom, un verbe, un adjectif et un adverbe et que ces catégorisations d’essence latine ne peuvent guère s’appliquer à une langue comme le créole, mais on aurait tout de même apprécié qu’on nous indique quand tel mot fonctionne comme un nom et quand il fonctionne comme un verbe, un adjectif ou un adverbe. Heureusement que le plus souvent, les citations d’auteurs créolophones et leurs traductions viennent désambiguïser les choses.

    En tout cas, Raphaël Confiant nous donne là une œuvre majeure pour notre culture non seulement martiniquaise, mais créole au sens large du terme, puisqu’il se garde d’oublier les mots qui, grâce à l’intense circulation entre les îles des Antilles et l’immigration, ont fini par s’agréger au lexique du créole martiniquais comme le saint-lucien « kouchal », le guadeloupéen « chokolaté », l’haïtien « kolokent »  ou le guyanais « kwata ».

   Woulo-bravo, chaben !

    

            Mandibèlè (Daniel Dobat            

par zephyrin
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